Vous lisez : La place des émotions en gestion

Pas évident de faire la juste place aux émotions en gestion.

Gérer sans ressentir des émotions, c’est possible… à condition de ne pas être en vie!

Toutes les émotions sont utiles. Qu’elles soient agréables ou désagréables, elles nous transmettent une information pertinente. « Peine, colère, jalousie… Ces émotions négatives sont nécessaires à la survie et, lorsqu’elles apparaissent, c’est souvent pour nous avertir qu’il y a un problème dont il faut s’occuper. » (S. upien). Reconnaître une émotion constitue un indicateur positif en soi, car celle-ci véhicule une information pertinente à la prise de décision. Mais pour reconnaître les émotions présentes, pour les comprendre et ensuite se mettre en action, il faut être à l’écoute de soi et des autres.

Ignorer les émotions en situation de gestion augmente les risques de crise du fait que, ce faisant, on en néglige le traitement. En gestion du changement, les besoins d’informations pourraient par exemple évoluer et se transformer en émotions de frustration, voire même de colère.

Encourager les émotions positives au travail

Les émotions sont contagieuses. Les personnes qui vivent des émotions positives développent des ressources personnelles, physiques, sociales, intellectuelles et psychologiques durables. Les leaders qui amplifient les émotions positives rendent leur milieu de travail agréable et plus attirant[1].

Nos forces

Mieux on se connaît et plus on est en mesure d’exercer un leadership sincère et authentique. Dans l’article Nos forces et celles des autres, Dubreuil et al. proposent différents outils pour identifier les forces.

L’écoute de soi et des autres

La qualité de nos décisions dépend de notre état émotionnel et de celui de nos collaborateurs. Le rapport émit au terme du World Economic Forum de 2018 (Future of Jobs Report) cite l’intelligence émotionnelle comme l’une des 10 compétences recherchées chez les cadres et dirigeants.

L’intelligence émotionnelle est la capacité « à percevoir et à exprimer les émotions, à les intégrer pour faciliter la pensée, à comprendre les émotions et à raisonner avec les émotions, ainsi à réguler les émotions chez soi et chez les autres ». (Goleman, 1997)

Les émotions durent de 30 minutes à 48 heures (S. Lupien). Par exemple, lorsqu’on est confronté au travail à une situation qui génère de la colère, cette émotion émergera même si on essaie de ne pas la ressentir, puis s’estompera éventuellement. Plutôt que de réagir impulsivement à cette colère, il vaut mieux s’accorder du temps pour prendre une décision courageuse plus tard, après avoir recouvré notre calme intérieur.

Truc d’une gestionnaire : Je n’envoie jamais un courriel écrit sur le coup de l’émotion! Je le mets dans le dossier Brouillons, le relis le lendemain et décide ensuite ce que je dois faire.

Comment réagir devant des situations qui génèrent des émotions désagréables? Une piste intéressante, lorsqu’on veut éviter nos pièges perceptuels ou nos biais émotionnels face aux situations qui nous font vivre des émotions désagréables, consiste à adopter un état d’esprit axé sur l’apprentissage[2]. Interrogez-vous davantage sur ce qui se présente à vous.

En terminant, je dirais que la prise en compte des faits, de la logique, de toute notre expérience et de notre connaissance du contexte influencent définitivement notre prise de décision. Il demeure que, dans cet environnement de plus en plus complexe et en constante mouvance au sein duquel nous évoluons, nos émotions et celles des autres constituent des aspects à considérer dans le processus de décision. Un leadership positif s’exerce en encourageant le développement d’événements positifs, en facilitant la créativité, l’intégration et la flexibilité de la pensée, ainsi que l’ouverture à de nouvelles informations (Isen, A.).

Applications pratiques

Comportements à privilégier par le gestionnaire :

  • Mieux se connaître en faisant l’identification de ses forces.
  • Apprendre à reconnaître les émotions (les nôtres et celles des autres).
  • Intégrer de façon authentique et avec discernement les émotions dans ses activités de gestion.
  • Encourager volontairement des activités positives.
  • Tenir des conversations constructives s’appuyant sur les forces.
  • Développer des tableaux de bord incluant des indicateurs de performance et des indicateurs de ressources (modèle d’organisation positive).

Comportements à privilégier par les professionnels RH

  • Offrir des ateliers de développement d’intelligence collective sur des thèmes comme la pleine conscience, la créativité, l’utilisation des forces en milieu de travail et les activités positives.
  • Tenir des ateliers de coaching de groupe pour l’identification des freins et des pistes de solutions.
  • Encourager le développement d’une culture de gestion en adéquation avec l’évolution des profils de leadership, notamment en :
    • incluant des formations sur la place des émotions en gestion;
    • veillant à l’exercice d’un leadership positif;
    • offrant des enquêtes appréciatives en plus des diagnostics organisationnels;
    • favorisant les entretiens appréciatifs, les conversations constructives, la communication non violente (CNV);
    • encourageant les organisations positives (tableaux de bord et indicateurs positifs).

Pour aller plus loin :

  • Les forces de caractères du leader. E-book gratuit en ligne
  • L’identification des forces, questionnaire gratuit en ligne : cliquez ici
  • Adams M. (1998). Change your questions, change your life. Ed. BK.
  • Approche appréciative et enquête appréciative : www.portailrh.org
  • Arnaud, B. et Mellet, E. (2019) : La boîte à outils de la psychologie positive au travail. 59 outils. Dunod
  • Dweck, Carol. Developing a growth mindset with Carol Dweck.
  • Dubreuil, P., Forest J., Courcy, F. (2012). Nos forces et celles des autres. Comment en optimiser l’usage au travail. Gestion Vol. 37, No1, revue Gestion.ca
  • Fredrickson, B. L. (1998). What good are positive emotions? Review of general psychology, 2(3), 300.
  • Fredrickson, B.L. Laboratoire des émotions positives : http://peplab.web.unc.edu
  • Fredrickson, B. L., & Joiner, T. (2002). Positive emotions trigger upward spirals toward emotional well-being. Psychological Science, 13(2), 172-175 Goleman, D. (2006). L’Intelligence émotionnelle. Bantam.
  • Isen, M. A. (2001). An influence of positive affect on decision making in complex situations: Theoretical issues with practical implications. Journal of Consumer Psychology, 11(2), 75-85.
  • Lupien, S. Entrevue sur les émotions à Médium large – Radio-Canada – Catherine Perrin 30-01-2018
  • Noguer, S.-N. (2018). Donnez du sens à vos décisions, 7 clés pour discerner et faire les bons choix. Eyrolles.
  • Rosenberg. M. (1999) Les mots sont des fenêtres ou bien ils sont des murs : introduction à la communication non violente.
  • VIA Institute on Character : questionnaire gratuit en ligne pour identifier ses forces : www.viacharacter.org
  1. Belsky, J. & Pluess, M.,, 2013; Van Cappellen, Rice, Catalino, Fredrickson, 2017
  2. The Growth Mindset. Carole Dweck. Learner Mindset or Judger Mindset. Marilee Adams.
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