Vous lisez : Au-delà du plafond de verre

Selon l’Institut de la statistique du Québec, en 2010, les femmes représentaient 47,8 % de la population active. Mais une étude de Catalyst publiée récemment révèle qu’elles occupent seulement 17,7 % des postes décisionnels. Les Sylvie Vachon, CRHA, Monique Leroux, Jacinthe Côté, Liliane Colpron, Michelle Thibodeau-De Guire, Lise Watier sont encore trop rares à la haute direction.

Qu’est-ce qui explique l’existence du «plafond de verre»? Pourquoi les postes d’influence échappent-ils aux femmes? Quelles qualités doivent-elles développer pour parvenir à ces postes? Doivent-elles changer leur attitude face au travail?

La difficulté d’accès des femmes aux postes supérieurs est une réalité bien présente partout dans le monde. Cependant, le plafond de verre ne peut s’expliquer uniquement par des facteurs psychologiques, comme le manque de combativité ou d’ambition, ou par des préjugés sexistes dans les entreprises. Bien sûr, les stéréotypes existent, il semble y avoir encore des pratiques discriminatoires, souvent imperceptibles; on va dire notamment que les postes de direction sont une «affaire d’hommes». Mais comment changer les choses?

La nécessaire conciliation travail/famille


On ne peut se cacher que c’est encore la femme qui assume la plus grande part des tâches domestiques. Dans beaucoup de cas, c’est encore elle qui « sacrifie » sa carrière… Si un homme va facilement accepter des déplacements fréquents, la femme ne pourra pas le faire pour des raisons familiales. C’est même elle qui va « suivre » son conjoint à l’étranger, le cas échéant.

Par ailleurs, malgré l’arrivée des médias sociaux, le manque de temps empêche souvent les femmes d’entretenir leur réseau professionnel. Les rencontres informelles autour d’un cocktail, les parties de golf et autres sont encore moins pour elles.

À cet égard, peut-être est-il temps d’apprendre à « déléguer » un peu à la maison, de façon à établir un partage des tâches un peu plus équitable et de faire en sorte que la famille ne soit plus un obstacle à l’épanouissement professionnel.

Aller au delà des stéréotypes et oser!
Souvent, les femmes ont été éduquées à ne pas démontrer leur combativité, attribut considéré comme masculin. C’est la même chose dans leur vie professionnelle; on apprécie qu’un homme soit ambitieux, mais pas qu’une femme le soit. Alors, que faire? Demeurer effacée et ne pas progresser? Ou foncer en affichant son mordant?

Je pense pour ma part que toute femme qui veut accéder aux postes de décision doit demeurer elle-même et prouver sa compétence sans être arrogante. Elle peut faire preuve de charisme et d’autorité, mais à sa manière, sans se contraindre à adopter des comportements qui ne lui conviennent pas.

Elle ne doit pas reculer devant les postes de leadership, surtout pas pour de mauvaises raisons, comme la crainte de ne pas être assez qualifiée. En fait, c’est sans doute son attitude face au travail qui doit changer. Il faut oser davantage, construire sa crédibilité, développer sa confiance en soi, se mettre soi-même au défi de se dépasser pour atteindre les sommets.

Cultiver ses appuis… tout comme les hommes le font!
Selon moi, la femme qui aspire aux postes supérieurs doit se faire connaître des décideurs. Ne pas attendre qu’on reconnaisse le travail accompli, mais faire valoir ses réussites (non, ce n’est pas se vanter!). Trouver un parrain au sein de la direction (c’est un must), se faire des alliés qui vont appuyer sa candidature éventuelle, avoir de bons contacts. Bref, entretenir son réseau amical et professionnel ne peut manquer d’être profitable à long terme.

Mais avant tout, elle doit savoir prendre des risques calculés et, pour ce faire, connaître le mode de promotion de son entreprise et se demander quel est le prochain poste à viser.

Quant à nous, professionnels des ressources humaines, nous avons un rôle proactif à jouer dans la promotion des femmes aux postes de direction. Nous pouvons encourager la mixité au sein de la direction, élaborer une approche systémique pour donner des promotions aux femmes, créer des occasions de mentorat pour les femmes, favoriser l’équilibre travail/famille, etc.

Ainsi, les femmes réussiront, peu à peu, à monter dans la hiérarchie et à se tailler une place parmi les leaders, fissurant chaque jour un peu plus le « plafond de verre ».

Martine Drolet, CRHA, présidente du conseil d’administration

Source : Effectif, volume 15, numéro 3, juin/juillet/août 2012.

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