Vous lisez : Reconnaître les signes de dérapage en situation de stress

Note : ce texte est le second d’une série de trois sur la santé psychologique au travail. Accédez au premier texte : Santé psychologique : Réussir un retour au travail après une absence pour maladie psychologique ainsi qu'au troisième texte : Santé psychologique : préserver son capital-santé, une responsabilité personnelle.

Le rythme de vie accéléré nous oblige à repenser constamment notre façon d’entretenir notre équilibre physique et psychologique. Récemment, un mandat s’est prolongé de manière imprévue et a entraîné un déséquilibre majeur de mon emploi du temps. Cette situation vous est-elle familière? Chaque fois que je fais face à ce genre d’imprévu, je me promets de faire mieux la prochaine fois en prévoyant des moments de repos. Et devinez quoi? Je tombe à nouveau dans la course contre le temps.  

Si vous êtes travailleur autonome, entrepreneur, gestionnaire ou employé, et que vous êtes passionné par votre travail, les probabilités que votre emploi du temps soit chargé et que vous viviez des périodes de stress sont plus élevées. Puisque vous ne pouvez pas toujours contrôler les périodes intenses de travail entraînant leur lot de stress, une façon de prévenir les dérapages majeurs est de savoir reconnaître vos limites et les signes annonçant un déséquilibre. Car sous l’effet prolongé d’un déséquilibre, votre capital de réserve s’épuise et vous courez le risque d’endommager votre santé physique et psychologique. Savoir retrouver rapidement l’équilibre permet de réduire ce risque.

Reconnaître les signes d’un déséquilibre
Un changement dans vos réactions émotives est le signe d’un certain déséquilibre. Par exemple, votre voisin vous fait une remarque qui vous vexe ou votre collègue de travail parle fort et cela vous irrite au plus haut point. Devenir soudainement plus irritable, impatient, sensible pour un rien, éprouver de la difficulté à se concentrer, à réfléchir ou à prendre des décisions sont des manifestations courantes de stress. Très souvent, vos proches ou vos collègues de travail sont les premiers à observer ces changements dans vos réactions avant même que vous vous en rendiez compte. Une solution intéressante à envisager serait de s’entendre avec vos proches collègues pour qu’ils vous rappellent ces changements d’humeur et de comportements dans le but d’en prendre conscience le plus tôt possible et de vous donner les outils nécessaires pour renflouer votre capital énergie.

Un autre moyen de comprendre et d’identifier vos réactions au stress est le concept « In the grip » développé par la psychologue Naomi L. Quenk. En situation d’équilibre, nous fonctionnons avec nos fonctions dominantes. Ces dernières sont issues de nos préférences psychologiques selon le modèle de l’indicateur de types Myers-Briggs. Lorsque notre système est soumis à un stress intense, à de la fatigue, à une maladie ou sous l’influence de l’alcool ou de drogues altérant notre perception, nos ressources s’épuisent et nous n’avons plus accès à nos fonctions dominantes (préférences).

C’est alors que nos fonctions inférieures (l’opposé de nos dominantes) prennent les commandes. Comme nous sommes moins habiles à utiliser nos fonctions inférieures (tel un droitier qui doit utiliser sa main gauche), nos réactions ne nous ressemblent pas beaucoup et s’affichent maladroitement ou de façon exagérée, catégorique, indifférenciée ou immature. Voilà pourquoi nous entendons alors souvent la remarque suivante de la part de nos proches : « Mais qu’est-ce qui t’arrive ces jours-ci? Tu ne réagis pas normalement! »

Prendre conscience, reconnaître et s’adapter
Plus vous serez conscient rapidement que vous réagissez avec vos fonctions inférieures (la zone « in the grip »), plus vite vous pourrez renverser la dynamique de déséquilibre qui se crée en adoptant les comportements appropriés à vos propres besoins. Aux huit fonctions dominantes correspondent huit fonctions inférieures. Voici donc les manifestations des fonctions inférieures et les façons de retrouver votre équilibre pour sortir de la zone « in the grip ».

Si votre préférence (type) est :

Réactions des fonctions inférieures (« in the grip »)

A besoin de…
pour regagner son équilibre

ESTJ & ENTJ

Hypersensibilité
Réactions émotives inattendues
Crainte de ressentir

Se connecter sur la profondeur de ses sentiments
Obtenir des autres un soutien silencieux
Parler à une personne de confiance

INTP & ISTP

Logique amplifiée à l’extrême
Hypersensibilité dans les relations
Émotivité et sensiblerie

Obtenir des autres le respect de son espace physique et psychologique
Être exempté de ses responsabilités
Ne pas se faire demander comment on se sent

ISFP & INFP

Jugements d’incompétence
Critiques agressives
Actions précipitées

Avoir du temps pour revenir à la normale
Valider ses sentiments négatifs auprès des autres
Ne pas se faire raisonner par les autres

ESFJ & ENJF

Critiques excessives
Logique convulsive
Recherche compulsive de la vérité

Se donner un temps de solitude et écrire un journal personnel
Accepter un nouveau projet
Obtenir des autres le respect de son besoin d’être seul

ENTP & ENFP

Retrait et dépression
Obsession
Attention excessive à son corps

Faire de la méditation
Obtenir l’attention des autres à ses besoins physiques
Obtenir du soutien en évitant que ce soit d’un ton condescendant

ESTP & ESFP

Confusion interne
Perception inappropriée du sens, de la signification
Vision grandiose

Faire des plans d’urgence
Être rassuré par les autres
Obtenir le soutien des autres dans la définition des priorités

INTJ & INFJ

Attention excessive aux informations venant de l’externe
Abus de plaisir sensuel
Attitude de confrontation face au monde (colère, reproches…)

Avoir du temps seul pour recharger ses batteries et accéder à ses fonctions dominantes
Obtenir de l’aide pour alléger son emploi du temps
Ne pas se faire donner des conseils ou des suggestions

ISTJ & ISFJ

Perte de contrôle sur les faits et les détails
Impulsivité
Tendance à dramatiser

Aller au fond des choses en exprimant ses peurs irrationnelles
Être pris sérieusement par son entourage en évitant qu’on juge ses réactions irrationnelles
Obtenir soutien et aide à composer avec les détails accablants

Conclusion
Il n’en tient qu’à vous de reconnaître vos réactions incontrôlées et de créer les contextes pour retrouver votre équilibre. Plus le temps passé dans vos fonctions inférieures sera long, plus il vous faudra du temps pour revenir à un juste équilibre. Prenez garde aussi : c’est à ces moments que vous risquez le plus de brouiller vos relations avec vos collègues de travail et vos proches. Les temps de repos, les vacances, les loisirs ou les activités ludiques sont aussi de bons moyens pour tous de se ressourcer lorsqu’on est soumis à un stress intense. Sur ce, je vous souhaite de bien gérer votre énergie et votre stress!

Ghislaine Labelle, CRHA, M. Ps., est psychologue organisationnelle et conférencière. Elle est l’auteur de l’ouvrage Comment désamorcer les conflits au travail (gagnant du prix Meilleur livre d’affaires en gestion des ressources humaines en 2006). 

Pour joindre Ghislaine Labelle chez Groupe Conseil SCO inc. :
Courriel : glabelle@groupesco.com
Site web : www.ghislainelabelle.com
Téléphone : 514 990-2264

1 Tiré et adapté de : Naomi L.Quenk, In the Grip, our hidden personality, CPP, 1996, 28 pages.

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