Vous lisez : Chronique d’une pénurie annoncée

J’étais sur les bancs de l’école secondaire (j’espère que vous vous dites que je dois parler du début des années 2000!) et on y annonçait déjà le vieillissement de la population. Je ne sais pas pourquoi cette information m’avait tant frappée – car il y a bien d’autres choses que je n’ai pas retenues de mes études.

Ce qu’on nous prédisait il y a plus de 30 ans s’est avéré. Le Québec est un des endroits dans le monde où la population est la plus âgée.

Déjà aussi on parlait de la diminution du nombre d’enfants par famille. On rigolait mon frère et moi en se demandant lequel d’entre nous était le 0,5 de la moyenne de 1,5 enfant par famille. Une statistique qui ne s’est pas améliorée au fil du temps, sauf peut-être en 1998, alors que le verglas avait provoqué un bébé-boum. Peu significatif du point de vue statistique, mais l’anecdote est bonne.

Loin de moi l’idée de prétendre que rien n’a été fait pour anticiper les conséquences de cet état de fait; l’immigration a été encouragée et des programmes de formation et de réinsertion en emploi sont en cours depuis des décennies. N’empêche que j’ai l’impression qu’on n’en a pas assez fait et qu’on est pris de court aujourd’hui. La rareté de main-d’œuvre frappe les organisations, surtout en région et de plus en plus à Montréal, également. Peut-être que ça s’explique par la transformation numérique qui, elle, n’avait pas été assez justement évaluée, et que conjuguée à la croissance économique et au vieillissement, elle a créé un amalgame qui est venu amplifier ce que nous étions par ailleurs en mesure de prévoir. Ou alors, il s’agit simplement d’une façon de fonctionner de l’humain. Du reste, les changements climatiques n’en sont-ils pas un autre exemple probant?

Dans la frénésie de nos vies, individuellement ou en société, on ne peut que constater qu’on n’a plus de temps pour planifier, pour anticiper. On éteint les feux et on passe d’urgence en priorité. Demain, pas le temps d’y penser, parce que l’agenda d’aujourd’hui déborde, et y’a déjà celui d’hier qu’on n’a pas réussi à régler complètement.

C’est quand survient une crise qu’on met des moyens en place. C’est quand il arrive des accidents graves qu’on revoit les infrastructures. C’est quand un drame éclate qu’on se mobilise comme société.

Alors, reconnaissons-le, l’urgence est bel et bien là, des entreprises refusent des contrats par manque de main-d’œuvre, certaines voient leur croissance mise à péril, d’autres envisagent de cesser leurs opérations.

Conclusion : on l’a notre crise, notre urgence. On va donc pouvoir se mobiliser et trouver des solutions.

Source : Revue RH, volume 22, numéro 3, juillet/août/septembre 2019.

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