Vous lisez : Miser sur ses valeurs pour croître... et pour l’amour du métier
L’équipe de rédaction de la revue RH a eu l’occasion de s’entretenir avec la présidente exécutive de Havas Worldwide et fondatrice de BETC, Mercedes Erra. C’est dans le cadre du Forum Femmes, leadership et communication d’Infopresse qui a eu lieu le 1er novembre 2017 que la dirigeante du plus grand groupe publicitaire de France se trouvait à Montréal. Mère de cinq enfants, Mme Erra est une féministe affirmée et s’affirme incontestablement en faveur de la diversité à tous les échelons des entreprises.

Mieux comprendre l’entreprise par le portrait de sa présidente

Le nom de Mercedes Erra résonne jusqu’au Québec. Privilégier la diversité est naturel pour elle. Son parcours atypique permet de saisir à quel point les valeurs de BETC émanent d’une démarche personnelle et authentique.

Arrivée en France à l’âge de six ans, Mme Erra dit souvent que l’immigration a été pour elle une chance. De plus, à titre de présidente du conseil d’administration du Musée national de l’histoire de l’immigration, elle rappelle l’apport indéniable de l’immigration aux pays d’accueil et estime que la France, son pays d’adoption, n’est jamais aussi forte que lorsqu’elle accueille l’autre et l’intègre.

Elle dit être devenue féministe à l’âge de cinq ans en observant le partage des tâches entre ses parents. Elle estimait qu’il était plus intéressant de travailler hors du foyer. Cette quête de l’égalité entre les sexes l’a amenée à fonder le Women’s Forum for the Economy and Society, une plateforme internationale qui étudie les principaux enjeux sociaux et économiques avec une perspective féminine.

Miser sur le talent pour générer de la valeur

Havas s’est donné pour mission d’être la meilleure agence de publicité au monde en établissant des liens significatifs entre les gens et les marques et en mettant à profit l’excellence créative, les médias et l’innovation. Au sein du réseau Havas, BETC, l’agence de pub la plus respectée de France, se démarque par son approche de gestion du talent et sa sensibilité à sa marque employeur.

« Ce qui fait la meilleure entreprise, ce sont les gens de talent », explique d’entrée de jeu Mme Erra, dont l’agence a été nommée par le magazine Forbes comme la firme la plus créative au monde.

Pour faire une gestion efficace du talent, il faut bien comprendre la culture dans laquelle on évolue. Et de plus en plus, cette culture est planétaire. Pour BETC, il est primordial d’être de son temps. Pas seulement sur le plan créatif, mais aussi sur celui des valeurs. « En ce moment, le contrepouvoir a la cote. Il faut épouser la diversité de genre et de culture. Ça demande certaines transformations dans les organisations. C’est capital de demeurer empathique avec ce qui est marginal », explique la publicitaire.

« Nous croyons à la diversité (d’âge, de genre, de culture, etc.) et à la collaboration. Cela se traduit dans tous les aspects des projets de l’entreprise, qu’il s’agisse de refaire le bâtiment, de la cafétéria, du quartier, de la représentativité homme-femme ou des mandats clients. BETC recrute ceux qui osent et qui se démarquent. »

Gagner le talent… et le retenir

« Les gens nous donnent leur talent. Nous devons leur offrir le meilleur. Pour BETC, cela passe entre autres par la qualité de l’espace et des conditions de travail. On veut offrir un lieu et une nourriture de qualité », explique la dirigeante. « BETC cherche les meilleurs talents, alors la firme s’assure de choisir les meilleurs projets. C’est un milieu exigeant. Il nous arrive de refuser des contrats, car le travail demandé n’est pas de qualité suffisante. »

BETC estime que la recherche de la qualité, de l’innovation et de l’intelligence s’applique aussi bien aux consommateurs qu’aux employés. Et l’agence, le lieu physique de travail, est l’un des principaux éléments de marque pour les employés. « On est sensibles aux besoins des gens et à leur environnement. On se préoccupe donc du mieux-être. C’est ce qui nous permet d’être exigeants et de cultiver la fierté. La valeur de qualité est source d’autogestion et nous permet de donner beaucoup de latitude à nos employés. »

Pour livrer sa vision, BETC a décidé d’habiter un lieu à son image. Le choix d’un quartier populaire, où les bureaux sont installés dans un ancien quai désaffecté, montre bien la créativité et la vision des dirigeants.

Avant :

BETC avant
Après :
BETC après

Comment les RH arrivent-elles à opérationnaliser ces valeurs aussi fortes?

Selon Mme Erra, la vision des ressources humaines de BETC est la suivante : « Valoriser le travail et le métier. L’argent n’est pas le seul moteur d’engagement. La valorisation, la fierté et l’intégrité sont très importantes pour l’entreprise, et ça appelle à créer du bien-être autour de soi. » En améliorant les conditions de croissance, la beauté des lieux, la qualité du produit et l’innovation, BETC travaille quotidiennement à la rétention de ses artisans.

Une autre approche est la flexibilité des lieux. Tous les employés travaillent dans une aire ouverte, sans bureaux attitrés (hot seat), pour niveler la hiérarchie et permettre aux gens de travailler conjointement sur leur projet. « Nous donnons l’exemple. Voyez, je n’ai pas de bureau. Je travaille dans l’aire ouverte comme les autres. En ce sens, le service des RH n’a pas de procédures lourdes ou de politiques formelles qui nous distancient de nos objectifs. On décide en collaboration. »

HAVAS Worldwide :

  • 1991 : création de l'agence
  • 233 agences réparties dans 75 pays
  • 1500 employés
  • 70 % proportion de femmes
  • 73 % des employés ont plus de 30 ans, 29 % ont plus de 40 ans
  • 58 % des employés ont plus de 10 ans d’expérience

Comment le souci de l'expérience candidat, de l'accueil des recrues et de l'intégration s’exprime-t-il?

L’expérience des employés n’est pas une responsabilité réservée aux RH : c’est l’affaire de tous. Le but est que l’expérience ne s’arrête pas à l’attraction des candidats, mais qu’elle soit une expérience continue et quotidienne pour tous les employés de la firme.

Mme Erra reconnaît que l'agence BETC est « fatigante, car elle n'est pas orthodoxe ». Les règles ne sont pas écrites et les cultures se mélangent entre les diverses catégories de fonctions et les divers bureaux dans le monde. Chaque culture de bureau est établie en collaboration et avec les réalités locales en tête.

À Paris, BETC choisit avec soin les personnes qui gravitent autour des talents. Des designers des locaux jusqu’aux cuisiniers, sans oublier les artistes en résidence. Les partenaires sont choisis pour leur capacité à stimuler la créativité et la curiosité des employés.

Source : Revue RH, volume 21, numéro 2, avril/mai/juin 2018.

Références bibliographiques

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