Vous lisez : Travailler ensemble : Coopérer, ce n’est pas collaborer
Le terme collaboration prend, depuis quelques années, une grande importance au sein des entreprises, de diverses instances municipales et gouvernementales, des établissements de santé, des institutions d’enseignement, et ailleurs. Le concept même est devenu une valeur, un objectif, une compétence et le premier pas vers la mise en oeuvre d’une culture de collaboration.

La popularité de la collaboration

Les changements économiques et sociodémographiques, de même que l’arrivée des nouvelles technologies de l’information et des communications (TIC), pour ne nommer que ces facteurs, ont contribué à la popularité de la collaboration. Les technologies propices à une plus grande intégration des différents secteurs, de même qu’à la réorganisation du travail et des structures, favorisent le décloisonnement et mettent fin aux effets négatifs de la gestion par silos.

Or, il est étonnant de voir à quel point les termes coopération et collaboration sont souvent utilisés comme des synonymes, ce qu’ils ne sont pas. L’absence de recherches sur lesquelles fonder une définition claire de chacun de ces termes explique probablement la confusion dont ils font l’objet, particulièrement dans le contexte du travail. Les auteurs de nombreux articles et références les utilisent indistinctement, alors qu’ils ne représentent pas les mêmes modes d’organisation du travail et qu’ils commandent des comportements différents.

Clarifier les termes collaboration et coopération

Dans les sources généralement reconnues que sont le Larousse, Wikipédia et le Grand dictionnaire terminologique de l’OQLF, le concept de coopération est associé à la coopération internationale ou au mouvement coopératif, alors que la collaboration est définie comme un apport collectif, une attitude ou un critère d’égalité. Aux fins de cet article, nous retenons les définitions que fournit Wikipédia puisqu’elles se rapprochent davantage du sens que leur attribuent les organisations.

Selon les définitions de coopération et de collaboration, la première renferme une dimension de consensus qui exclut la concurrence et les conflits. La définition de la collaboration, pour sa part, s’articule davantage autour de l’importance de travailler ensemble, de l’atteinte d’un objectif commun et donc d’une notion de résultats et de coresponsabilité (imputabilité).

Observons maintenant les concepts de coopération et de collaboration à travers la lentille du travail. Le tableau 1 ci-dessous présente une synthèse comparative des caractéristiques du travail coopératif et du travail collaboratif.

Définitions

Nous devons reconnaître, à la lecture des caractéristiques du travail collaboratif, qu’il peut être nécessaire d’adopter de nouvelles méthodes de travail et pratiques organisationnelles et, surtout, que cela n’est généralement pas inné. Il est donc indispensable d’apprendre à mieux travailler ensemble en renforçant les liens tissés entre les personnes et leurs pratiques collaboratives. Le tableau 2 ci-dessous en présente quelques exemples qui reposent sur les relations interpersonnelles.

Synthèse comparative des caractéristiques du travail coopératif et collaboratif

En même temps, les organisations peuvent, au terme d’une démarche de réflexion, déterminer des mesures à mettre en place pour réduire les obstacles à la collaboration et soutenir la qualité des relations interpersonnelles au sein de leurs effectifs. Les mesures que propose le tableau suivant sont susceptibles de rendre l’entreprise plus propice au travail collaboratif.

Exemples de pratiques collaboratives
Mesures à la portée des entreprises pour soutenir la collaboration

Que faut-il retenir?

Le succès de la collaboration repose sur les relations interpersonnelles et, de façon plus précise, sur notre capacité à gérer nos relations professionnelles, alors que le succès de la coopération s’appuie davantage sur l’efficacité des processus de travail. La capacité à gérer ses relations professionnelles est une compétence transversale et préalable à plusieurs autres compétences.

Comment pouvons-nous réellement exercer une influence si, au départ, nous ne sommes pas prêts à partager nos connaissances, à privilégier la communication gagnant-gagnant, à impliquer et informer nos relations professionnelles? Comment être réellement agile dans nos organisations si nous ne reconnaissons pas les attributs de nos relations professionnelles, que nous ignorons leurs préoccupations et que nous ne décodons pas leurs stratégies? Comment innover si nous ne considérons pas les idées d’autrui?

Quant aux organisations, elles doivent faire preuve de proactivité en proposant des mesures pour soutenir la qualité des relations interpersonnelles au sein de leurs équipes de travail. Elles devront toutefois se garder de tomber dans le piège du discours ambiant, qui tend à faire de la collaboration « la seule voie possible », sans en voir les limites.

Le but de cet article n’est surtout pas d’opposer la coopération à la collaboration pour montrer les qualités de l’une par rapport à l’autre. Nous voulons faire ressortir un préalable essentiel à la collaboration, soit la qualité des relations interpersonnelles dans les équipes de travail et les organisations, au sein desquelles l’autonomie des groupes est un gage de collaboration horizontale.

Source : Revue RH, volume 21, numéro 1, janvier/février/mars 2018.


Référence bibliographique

Ville de Brest (2009). Guide pratique du travail collaboratif. Théories, méthodes et outils au service de la collaboration.

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