Vous lisez : Le storytelling au service de vos valeurs!
Pensez aux émissions de téléréalité comme Wife Swap (On a échangé nos mères), où chaque « chef de clan » doit colliger par écrit les habitudes, les façons de faire et les petits rituels des membres de la famille.

Si vous deviez faire le même genre de troc avec la responsable des ressources humaines d’une autre entreprise, que lirait-elle dans votre petit carnet? Quelles histoires diffusez-vous dans la section « Carrières » de votre site web et dans vos médias sociaux? Vos valeurs savent-elles titiller l’intérêt des candidats potentiels? Bref, comment racontez-vous votre culture « tribale »?

Oui, l’entreprise est une tribu…

Au même titre qu’une équipe de football, une fourmilière, un groupe de jeunes ou une famille, l’entreprise est une tribu, soit un réseau social qui partage des valeurs communes, organisé pour s’entraider, se défendre et survivre. Elle est cimentée par des façons de faire qui lui sont propres et de nombreux rituels qui colorent son quotidien et lui donnent sa personnalité. Son « âme », pourrait-on même dire.

L’humain est fondamentalement tribal. Depuis la nuit des temps, il a besoin d’appartenir à un groupe, de s’inscrire dans une lignée, de participer à quelque chose de plus grand que lui.

Autrefois, les tribus se racontaient des histoires autour du « feu sacré ». Plus tard, on prenait des nouvelles sur le perron de l’église, après la messe. Désormais, les médias sociaux forment un immense porte-voix dont l’écho se répercute partout sur la planète.

Les outils changent, le but reste le même : créer des liens

Si les outils ont changé, le but reste le même : créer des liens et se connecter les uns avec les autres. À l’heure des médias sociaux, on veut toujours se faire raconter des histoires… À preuve, le succès phénoménal du conteur Fred Pellerin, qui a propulsé les histoires de son village, Saint-Élie-de-Caxton, chez nous et dans les « vieux pays ».

On parle pourtant du plus « classique » des récits : une fois c’est un gars et son micro… Fred nous parle droit au coeur. Pas d’effets multimédias ou de feux d’artifice numériques… Seulement une histoire. Un récit qui captive, qui nous garde éveillés. Après tout, apprendre à raconter de bonnes histoires a même sauvé Shéhérazade dans Les Mille et Une Nuits!

Comment raconter une bonne histoire

D’ailleurs, si l’on tendait le micro à la fille aînée du grand vizir, elle nous donnerait sûrement ces quelques conseils :

  • Bien connaître son auditoire. Pour rester en vie nuit après nuit, Shéhérazade a rapidement compris ce qui passionnait le sultan et a adapté ses histoires en conséquence. Des outils comme l’approche des « personas » et les cartes d’empathie sont ici utiles. Il s’agit essentiellement de « marcher dans les mocassins » de la personne à qui se destine notre histoire. Que ressent-elle? Que voit-elle? Que cherche-t-elle?
  • Bonifier son récit d’images mentales fortes. Cela aide à « ancrer » une histoire dans la mémoire. On joue avec les métaphores et on émaille notre récit d’éléments connus de notre interlocuteur afin de créer une connexion.
  • Court et « punché ». Sans doute que la belle Perse avait raison d’étirer son récit jusqu’au bout de la nuit. Mais à l’ère des tweets de 280 caractères, on gagne à aller droit au but.
  • Susciter l’imagination de celui qui écoute. Andrew Stanton, scénariste de la série Toy Story et des films WALL-E et Le Monde de Nemo, a dit en 2012 lors d’une conférence TED : « Faites assembler les choses par le public. Ne leur donnez pas quatre, donnez-leur deux plus deux. » Dans le cas de Shéhérazade, le sultan était en effet le héros de l’histoire, détenant tous les pouvoirs sur la suite de l’histoire…

Le storytelling dans la trousse du recruteur

Les médias sociaux fourmillent d’occasions d’exposer nos histoires, mais ces dernières peuvent aussi se noyer dans une mer d’informations. Car si ORGl’on peut publier aisément, tous nos concurrents le peuvent également… Manier le storytelling avec doigté devient donc essentiel.

À preuve, les propos de Joseph Pulitzer, inspiration du prix Pulitzer convoité par bien des journalistes : « Écrivez court… et vous serez lu. Écrivez clairement… et vous serez apprécié. Écrivez imagé… et vous resterez en mémoire. » Des mots prononcés au début du siècle dernier, bien avant l’avènement des médias sociaux… Voilà pourquoi nos histoires doivent charmer, toucher, frapper l’imaginaire, viser le cœur, quoi!

En matière de recrutement, vos cartes de visite, sont votre section « Carrières » et vos médias sociaux; ils doivent susciter l’enthousiasme et donner envie de postuler sur-le-champ. Parce qu’on se reconnaît dans votre culture et qu’on se voit évoluer au sein de votre « tribu ». Votre section «  Carrières » sert également de filtre pour éloigner ceux qui ne seraient pas heureux dans votre culture.

Votre section « Carrières » est l’outil de vos ambassadeurs internes, qui disposent ainsi de contenus à relayer dans leurs médias sociaux. Bien entendu, vos descriptions de poste et votre matériel de recrutement doivent être au diapason.

Quatre éléments à raconter dans votre section « Carrières »

  1. Votre culture… au quotidien

    Un excellent moyen de raconter une culture est de se servir d’anecdotes qui témoignent concrètement des valeurs en action. Si vous n’êtes pas en mesure de trouver une bonne histoire qui illustre concrètement l’une des valeurs exposées dans le hall d’entrée, posez-vous de sérieuses questions…

    Il vaut mieux être clair à propos de votre culture d’entreprise, plutôt que d’embaucher des gens avec de fausses promesses. Comme on l’entend souvent, les « bottines doivent suivre les babines »…

    Cela confirme de nouveau les propos d’Andrew Stanton : « C’est la première leçon de narration que j’ai jamais apprise. Utilisez ce que vous savez. Puisez dedans. Cela signifie s’emparer d’une vérité en la vivant, en exprimant les valeurs que vous ressentez personnellement au plus profond de vous-mêmes. »

  2. Votre tribu : leurs futurs collègues

    Sans doute que les comptables, les ingénieurs ou les représentants partagent des traits communs. Mais un comptable nageant allègrement dans les eaux créatives d’une PME pourrait se sentir englouti dans une entreprise qui oeuvre en vase clos. Le travail d’équipe vécu dans un laboratoire pharmaceutique ne s’incarne pas de la même façon dans un CPE. Bref, racontez donc l’océan dans lequel tout ce beau monde baigne! Présentez les défis relevés au quotidien par les employés et associez-les concrètement aux valeurs corporatives.

  3. Votre « grand rêve » : à quoi servent les efforts communs?

    La perte de sens démotive les employés. Au-delà des rôles, tâches et responsabilités, « vendez » une raison de se lever le matin, racontez une journée type, parlez des gens qui bénéficient de vos services, dont la vie est meilleure grâce à vos produits, etc.

  4. Votre engagement social et environnemental

    C’est une valeur de plus en plus prisée, notamment par les candidats issus de la génération Y. Alors racontez le bénévolat de vos employés, les causes que vous soutenez, etc.

Pourquoi le storytelling rapporte

En communiquant bien l’essence de votre tribu, vous attirez ceux et celles qui vous ressemblent, qui auront votre ADN tatoué sur le coeur. Ce faisant, vos employés endossent votre culture et en deviennent les ambassadeurs! Et, bonne nouvelle, des employés qui collent à votre ADN sont plus heureux, engagés… et vos clients aimeront ça! Marque employeur et marque corporative doivent donc être au diapason : on embauche les gens qui sont en mesure d’incarner la promesse de la marque.

Résultats? Non seulement vous investirez dans un climat de travail plus engageant, mais vous en retirerez des bénéfices côté profitabilité.

Alors, on se lance dans le storytelling?

Source : Revue RH, volume 21, numéro 1, janvier/février/mars 2018.


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