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Connectivité permanente, valorisation du multitâches, complexité des défis, ressources limitées dans un contexte organisationnel où tout va plus vite. Alors que les défis actuels sont nombreux, comment vos leaders réagissent-ils? Sont-ils capables de garder le focus? Sont-ils capables de mobiliser leurs équipes?

Alors qu’il est nécessaire de trouver des solutions novatrices, les leaders stressés ont du mal à prendre du recul et à utiliser de nouvelles stratégies pour gérer plus efficacement. Souvent, ils oublient certaines des compétences du savoir-être afin de cultiver l’efficacité. Or, la pleine conscience, ou Mindfulness, est de plus en plus présente dans les organisations. Elle permet aux gestionnaires d’acquérir les compétences essentielles à un leadership mobilisateur. Il est reconnu que le leadership de pleine conscience a un impact positif sur la santé mentale, le bien-être, les relations interpersonnelles et la performance.

Si la mobilisation, la rétention, l’efficacité et le bonheur au travail sont au cœur de vos préoccupations, voici une exploration RH qui peut mener à de nouvelles stratégies. Qu’est-ce que la pleine conscience? Comment développer chez les leaders de nouvelles compétences pour gérer plus efficacement leurs équipes? Quelles sont ces compétences? Comment le leadership de pleine conscience peut-il devenir une stratégie gagnante pour la mobilisation des équipes?

Qu’est-ce que la pleine conscience?

Jon Kabat-Zinn, Ph. D., directeur fondateur du Centre pour la pleine conscience en médecine, soins de santé et société de l’université médicale du Massachusetts, définit la pleine conscience comme suit : « Être capable de porter une attention directe et ouverte à ce que l’on est en train de faire au moment où on le fait, dans une conscience sans jugement. » C’est la conscience qui émerge quand on est présent à ce que l’on fait au moment où on le fait. Comme le mentionnent Ellen Choi, doctorante à IVY Business School de la Western University (London, Ontario) et Michael Rouse, professeur dans la même institution, cette expression inclut aussi les notions de cognition, d’attention, d’émotion, d’attitude et de comportement.

La pleine conscience, c’est aussi une invitation à sortir du « pilote automatique » des réponses, des réactions et des habitudes qui nous poussent vers des mouvements d’impatience, d’absence d’écoute ou même d’indifférence envers des membres de l’équipe.

Qu’est-ce qui caractérise le leadership de pleine conscience?

Un leader n’est pas un être parfait ni héroïque, mais par le charisme et la confiance en soi qu’il dégage, on a envie de lui ressembler. On reconnaît les qualités d’un bon leader à sa vision orientée vers le futur et à sa poursuite de l’excellence. Crédible et intègre tout en possédant un profond respect des autres, il a su développer son intelligence émotionnelle et il sait faire preuve de souplesse et d’ouverture d’esprit. On ressent toute l’authenticité qui l’habite.

Dans un contexte de gestion, la Mindfulness apporte des compétences additionnelles qui agissent comme catalyseurs chez le leader et lui permettent d’amener aisément les équipes en mode « collaboration » tout en stimulant leur créativité.

4 caractéristiques des leaders de pleine conscience

Inspirés d’Ellen Choi et Michael Rouse et d’une longue expérience pratique en entreprise, voici quatre caractéristiques qui distinguent les leaders de pleine conscience et leur permettent d’avoir un impact sur l’efficacité de leurs équipes :

  1. La qualité de leur vigilance et l’attention ouverte
  2. La conscience de soi (se connaître soi-même)
  3. La régulation de soi (maîtrise de soi)
  4. La transcendance de soi (être capable de comprendre l’autre)

Contrairement à la croyance qui persiste encore, la pleine présence ne rend pas nonchalants ou amorphes les gestionnaires qui la pratiquent. Au contraire, comme pour les athlètes olympiques, elle leur permet de développer une qualité de vigilance et une capacité de focus hors pair. Tout en ayant une vision précise des objectifs à atteindre, l’attention ouverte dans le moment présent permet de saisir les opportunités au moment où elles se présentent et de rajuster le tir, lorsque c’est nécessaire. 

La conscience de soi permet au leader de développer la conscience de son état mental, physique et affectif. Il apprend à reconnaître ce qui se passe à l’intérieur de lui-même. Suis-je stressé? Quelles sont les pensées, les émotions et les sensations qui m’habitent? La pleine conscience apprend donc aux gestionnaires à être proactifs et à reconnaître les signes de stress dès qu’ils apparaissent afin d’y répondre adéquatement. Elle est très efficace pour faire face au stress, à l’anxiété et à la dépression. Elle améliore la qualité du sommeil et la santé cardio-vasculaire, et renforce le système immunitaire.

Le stress peut amener à des réponses sousoptimales nous privant des capacités de réflexion et de discernement. Lorsque le stress nous place en mode « survie », toute forme de créativité se trouve bloquée.

Le stress a un effet de « résonance » et il déborde sur les personnes qui nous entourent. Afin de maintenir la cohésion de l’équipe, le leader se doit d’appliquer la même règle de sécurité de base que celle qui prévaut dans les avions : prendre soin de SON bien-être AVANT de vouloir gérer l’équipe. Ainsi, le leader peut exercer une influence positive sur ses employés, qui sont alors plus engagés, satisfaits et performants. Enfin, le leader concilie mieux son travail et sa vie personnelle.

La conscience de soi permet au leader de prendre conscience de ses automatismes. Le « pilote automatique », c’est le programme mental qui se déclenche dans les gestes routiniers. C’est un système d’économie d’énergie par économie d’investissement de conscience. Bien qu’il permette des gains en efficacité, il ouvre la porte à des comportements profondément enracinés avec le temps, tels que des habitudes, des préjugés, des perceptions étroites ou des ruminations. Ces automatismes limitent l’innovation, entraînent la répétition d’expériences négatives et bloquent la capacité à changer. Tout comme dans la mise à jour des programmes informatiques, choisir de se débrancher régulièrement de tous nos programmes automatiques ouvre la porte à des comportements plus adaptés au contexte et permet la mise à jour de nos programmes internes.

La régulation de soi apporte la maîtrise pour atteindre ses objectifs. En développant la capacité à garder l’attention et la concentration dans une direction particulière pendant une période de temps précise, la productivité et la performance sont augmentées tout en diminuant la fatigue mentale et les risques d’erreurs.

La régulation de soi apporte la maîtrise pour agir stratégiquement sur les pensées, les émotions et les comportements. En apprenant à reconnaître et à observer ce qui se passe en soi dans le « moment présent », nous créons l’espace suffisant pour accueillir les nouvelles idées et pour donner plus de place à la créativité et à la flexibilité, ce qui nous permet de réagir avec justesse. Cette maîtrise permet de trouver des solutions gagnant-gagnant, de voir moins négativement ce qui est négatif et de se rappeler plus facilement ce qui est positif, au lieu d’être uniquement en mode réactif. Avec la pleine conscience, la neuroplasticité est à l’oeuvre pour transformer les connexions neuronales du cerveau.

La régulation de soi apporte la maîtrise pour gérer les émotions. Le leader étant plus à l’écoute des employés et de leurs besoins, la régulation des émotions permet de diminuer l’impulsivité et d’améliorer la communication et les relations interpersonnelles. En conséquence, le leader dirige son équipe avec plus d’efficacité et les employés sont plus satisfaits de leur travail. Au surplus, des études démontrent que ces mêmes employés sont également jugés plus performants.

La transcendance de soi, c’est la capacité de prendre en considération les besoins des autres et de choisir la ligne de conduite qui reflète les meilleurs intérêts d’un plus grand groupe de personnes. Cette capacité à faire des choix justes et éclairés est essentielle pour assurer la pérennité des affaires et, de plus, elle favorise des rapports positifs et satisfaisants avec l’équipe et l’organisation.

La transcendance de soi favorise aussi l’émergence de l’empathie et de la compassion, deux sentiments d’une grande importance au travail pour soutenir la résolution de conflits et obtenir un engagement et une mobilisation durables des employés autour du projet d’entreprise.

Le leadership de pleine conscience : un art à développer!

Les avantages pour les leaders d’introduire la pleine présence au travail sont multiples : être capable de calmer le chaos intérieur et de cultiver la mémoire, de garder le focus et d’avoir une pensée claire pour faciliter la prise de décisions tout en étant capable de mobiliser les équipes vers la réussite. Il s’agit là de compétences accessibles qui ont fait leurs preuves.

Le leadership de pleine conscience est un art qu’il est nécessaire de cultiver. Ce n’est pas uniquement en regardant des vidéos sur You-Tube ou en lisant des ouvrages théoriques sur les techniques que nous apprenons à jouer du piano : il faut aussi mettre les deux mains sur le clavier et commencer à jouer. Il en va de même pour la pleine conscience : il faut pratiquer pour développer notre maîtrise.

La pleine conscience se cultive avec la méditation, qui est l’une des pratiques formelles d’entraînement de l’esprit. La pratique régulière de la méditation apporte plus de sagesse et de lucidité devant toutes les turbulences vécues dans les organisations. S’arrêter pour méditer aide à comprendre la nature de la pensée, enrichit les états d’âme et aide à leur régulation, et permet de développer une meilleure capacité de concentration pour travailler ou réfléchir. La méditation facilite le changement d’attitude et est corrélée au bien-être. « Méditer, ce n’est pas se couper du monde, mais se relier plus fortement et plus intelligemment à lui. »

Développer cet art, c’est aussi se reconnecter à ses sens pour intégrer et tisser la présence dans les activités au travail. Voici quelques suggestions pour garder le corps et l’esprit alertes au quotidien :

  • Avant de débuter la journée, prenez cinq minutes pour respirer afin de déterminer le sens et les priorités de la journée, au-delà des routines.
  • Ne faites qu’une seule chose à la fois.
  • Terminez une tâche avant d’en entreprendre une autre.
  • Respirez à fond avant de commencer la prochaine tâche.
  • Si vous planifiez votre journée, ne faites rien d’autre.
  • Avant une réunion, focalisez votre attention sur ce qui vous attend en amenant votre esprit doucement vers le plus d’apaisement, d’ouverture et de disponibilité possible.
  • Les pauses santé peuvent inclure une « pause méditation ».

Inspiré de Méditation & Leadership, l’encadré (ci-contre) vous suggère plusieurs autres pistes d’intégration.

Être un leader de pleine conscience, c’est : être un leader cohérent qui place ses propres désirs de côté et guide l’évolution des affaires pour atteindre les objectifs avec son plus grand potentiel créatif ; pouvoir diriger en dehors de ses zones de confort pour créer et évoluer; savoir utiliser la curiosité pour aider à briser la résistance au changement afin de prendre chaque jour des actions dynamiques, engagées et bienveillantes qui nourrissent et soulèvent les équipes.

Le leadership de pleine conscience : une source d’épanouissement pour soi et pour son équipe

  1. Être dans la présence à ce qui est et à la situation telle qu’elle est et non pas telle que je voudrais qu’elle soit.
  2. Réaliser une tâche à la fois et résister à la pression du multitâches. C’est une intention pour soi, mais aussi pour les collaborateurs. Il s’agit d’être attentif et concentré sur ce que je fais dans l’instant présent.
  3. Accepter d’être au clair avec ses ressentis, ses émotions (peur, angoisse, joie, etc.), ses pensées et le train de ces dernières.
  4. Reconnaître et valoriser les réussites et l’engagement des collaborateurs sur un plan humain. La motivation se renforce et se développe par la reconnaissance de la valeur de l’être humain.
  5. Être dans l’intention de trouver une solution au problème posé et d’accepter de ne pas pouvoir le résoudre. Accepter l’idée de ne pas savoir, de ne pas pouvoir faire seul et de partager la responsabilité et le résultat d’une action.
  6. Rester lucide sur sa capacité d’action. Ne pas vouloir changer ce que l’on ne peut pas changer, et concentrer son action sur ce qui peut être fait.
  7. Être capable de prendre le temps de la décision, d’autant plus quand l’urgence prend le pas sur la prise de décision.
  8. Être capable de dire les choses, même supposées désagréables, en restant calme et posé et sans intention de blesser l’autre.

    Cette posture du leader crée de la résonance en faisant ressortir et en amplifiant les qualités des personnes qui l’entourent.
Stratégie organisationnelle d'introduction au leadership de pleine conscience
Critères de compétences pour le choix du formateur ou de la firme de formation

Une stratégie gagnante

Introduire le leadership de pleine conscience à la culture des organisations est non seulement une stratégie utile aux gestionnaires, mais aussi une stratégie organisationnelle globale de la plus haute importance. C’est pour cette raison qu’elle est présente dans des entreprises telles que Google, LinkedIn et SAP. Un grand nombre de dirigeants de haut niveau l’ont déjà inclus à leur agenda quotidien. Ils sont des leaders de pleine conscience.

La pleine conscience permet aux gestionnaires de vivre plus authentiquement, et d’être des partenaires proactifs qui ont une influence significative sur la santé mentale et la performance de leur équipe.

Le leadership de pleine conscience est un savoir-être qui réunit tout à la fois : la santé mentale, le bien-être et les mesures de la performance.

Source : Revue RH, volume 20, numéro 3, septembre/octobre 2017.

Références bibliographiques

  1. Kabat-Zinn, Jon. 1994. Où tu vas, tu es :apprendre à méditer en tous lieux et en toutes circonstances, JC Lattès.
  2. Choi, Ellen et Michael Rouse. 2014. Le leadership en pleine conscience : cultiver la sagacité et la sagesse au travail, Ivey Business School, Western University .
  3. Girard, Anne Geneviève, CRHA et René Jolicoeur, CRHA. 2011. « Dix questions que vous vous posez depuis longtemps sur le développement du leadership », http://www.portailrh.org/expert/ficheSA2.aspx?p=437721 .
  4. Lupien, Sonia. 2010. Par amour du stress, Éditions au Carré.
  5. André, Christophe. 2011. Les États d’âme :un apprentissage de la sérénité, Odile Jacob.
  6. Maex, Edel. 2011. Mindfulness : apprivoiser le stress par la pleine conscience – Une introduction aux approches basées sur la pleine conscience, De Boeck.
  7. Chaskalson, Michael. 2011. Méditer au travail pour rester « zen » dans le tourbillon, Les Éditions Transcontinental.
  8. Henry, Sébastien. 2015) « Le mindful leadership, une source d’épanouissement pour soi et son équipe »
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