Vous lisez : Réalité virtuelle : Une révolution dans la formation
Malgré l’agitation médiatique récente, la réalité virtuelle (RV) n’est pas la nouvelle saveur technologique de l’année. Elle existe depuis plus de 60 ans.

Petit survol historique de la réalité virtuelle

Malgré l’agitation médiatique récente, la réalité virtuelle (RV) n’est pas la nouvelle saveur technologique de l’année. Elle existe depuis plus de 60 ans.

Pensons au Sensorama créé en 1957 par Morton Heilig, un inventeur, philosophe et cinéaste américain. Ce cinéma immersif projetait une image stéréoscopique en grand angle, diffusait un son stéréophonique et était équipé d’un siège vibrant! Après avoir inséré une pièce de monnaie dans l’appareil, le spectateur pouvait choisir entre cinq expériences différentes : une balade à moto dans les rues de Brooklyn, un parcours à bicyclette, du buggy dans les dunes d’un désert, un vol en hélicoptère ou l’échange de quelques pas de danse avec une danseuse du ventre. Pour ajouter à l’illusion, neuf ventilateurs soufflaient de l’air chargé des odeurs de l’environnement simulé dans le processus narratif du film. De plus, la vibration du véhicule sur lequel on se trouvait était simulée grâce à un siège vibrant. La vue, l’odorat, l’ouïe et le toucher étaient donc stimulés. Malheureusement, M. Heilig n’a pas réussi à convaincre les investisseurs…

Pensons aussi à Ivan Edward Sutherland, un ingénieur américain en informatique qui inventa en 1968 un des premiers casques de réalité virtuelle, le HMD, aussi appelé « Épée de Damoclès ».

Pourquoi la réalité virtuelle n’a-t-elle pas décollé dans les années 60 et 70? Principalement pour des raisons de coûts. Ces projets étaient souvent des machines uniques, lourdes, imposantes, mais aussi fragiles. Les processeurs n’avaient pas la puissance de ceux d’aujourd’hui. Néanmoins, un grand nombre d’inventeurs autodidactes, de techniciens, d’ingénieurs et de chercheurs ont pavé la voie pour les générations futures et ont donc contribué à faire de la réalité virtuelle une réalité aujourd’hui!

En 1995, la réalité virtuelle était déjà l’une des grandes tendances de la toute première édition du salon Electronic Entertainment Exposition (E3), le plus grand salon mondial du jeu vidéo. Nintendo et Atari y ont toutes les deux présenté au public leur premier modèle de casque de réalité virtuelle, le Virtual Boy d’un côté et l’Atari VR de l’autre.

Cependant, leurs prix étaient prohibitifs et la résolution des écrans très faible ou, disons-le, très mauvaise! On parle de 86 000 pixels pour le Virtual Boy comparativement à 2,6 millions de pixels pour l’Oculus Rift d’aujourd’hui. C’est comme si on comparait un téléphone Nokia de 2000 avec un iPhone de 2017.

La réalité virtuelle, augmentée et mixte en 2017

Faisons maintenant un bond dans le temps. Au Québec, CAE Santé vient d’intégrer à sa gamme de solutions de simulation le casque HoloLens de Microsoft, un ordinateur holographique qui permet d’être libéré de l’écran traditionnel et de son environnement à deux dimensions. Ce simulateur d’échographie présente une anatomie holographique que vous pouvez élargir, faire tourner, pivoter ou renvoyer à sa place dans l’organisme du mannequin virtuel.

Le casque HoloLens n’a pas besoin d’être relié à un ordinateur pour fonctionner. Il est lui-même un ordinateur autonome. Il n’a pas besoin de manettes non plus et laisse les mains libres pour manipuler des objets réels dans la réalité mixte. Le casque cartographie la pièce dans laquelle vous vous trouvez et y intègre des éléments virtuels en trois dimensions.

Ce n’est donc plus de la science-fiction; c’est une réalité!

De plus en plus de facultés de médecine et d’hôpitaux dans le monde utilisent la RV pour former les étudiants et les internes, que ce soit pour visualiser en 3D et à 360 degrés les mécanismes complexes du corps humain ou pour simuler des interventions chirurgicales en neurochirurgie et en cardiologie, entre autres. Les internes peuvent donc s’entraîner sans risquer une erreur médicale sur un humain.

L’objectif des formations médicales en RV n’est pas de remplacer les professeurs. Il s’agit simplement d’un outil complémentaire très efficace.

Quelques exemples de formations actuelles en RV

En 2017, de nombreuses grandes entreprises ont commencé la formation de leurs employés en réalité virtuelle.

Aux États-Unis, UPS vient d’adopter la réalité virtuelle pour former ses chauffeurs-livreurs. Le nouveau programme de formation en RV a été déployé en septembre 2017 dans neuf de leurs centres de formation. Équipés d’un casque HTC Vive, les chauffeurs font l’expérience de certains risques et surprises que comporte la route. La RV leur permet de s’entraîner sans mettre personne en danger. Laura Collings, responsable de la formation chez UPS, a déclaré : « Bien sûr, rien ne peut remplacer la formation dans le monde réel, mais la réalité virtuelle la complète d’une manière qui engage nos employés. »

Walmart, de son côté, va équiper 200 de ses centres de formation Walmart Academy de dispositifs de réalité virtuelle d’ici la fin de l’année 2017. Mentionnons qu’un programme pilote a préalablement été testé en 2016.

Volkswagen vient d’adopter cette année la RV pour améliorer la formation des employés. La plateforme Volkswagen Digital Reality Hub Group utilise des casques HTC Vive pour permettre à plusieurs participants situés dans différents sites géographiques de travailler ensemble sur des projets.

GRTgaz, leader européen du transport de gaz, forme depuis un an ses salariés grâce à la RV. Les techniciens responsables de la maintenance des installations gazières s’entraînent, manette en main et casque immersif sur le visage, à manipuler les vannes ainsi que les autres outils de commande dans des conditions extrêmement proches du réel. Ils peuvent donc se former jusqu’à maîtriser leurs gestes d’intervention à la perfection.

La Ville de Québec a utilisé le savoir-faire de la compagnie québécoise OVA pour former des intervenants de première ligne dans le cadre de son programme de vitrine technologique. Des pompiers, des ambulanciers, des policiers et des membres de la sécurité publique ont entre autres dû réagir lors de la simulation d’une fuite de gaz au Centre sportif Marc-Simoneau.

Il ne s’agit là que de quelques exemples parmi tant d’autres. Il existe au Québec une multitude de compagnies novatrices en réalité virtuelle, augmentée et mixte qui vont contribuer à transformer l’industrie de la formation.

Notons aussi que depuis 20 ans au Québec, des chercheurs explorent la réalité virtuelle et l’imagerie numérique notamment dans le domaine de la santé, sans oublier le monde du cinéma et de la culture qui ont été des pionniers en stéréoscopie et en création d’univers immersifs.

La réalité virtuelle existe depuis 60 ans!

Montréal, future capitale mondiale de la réalité virtuelle?

Pourquoi pas? Montréal est reconnue dans le monde entier pour sa créativité et son innovation dans les jeux vidéo, les effets spéciaux, la conception et la production d’environnements immersifs dans le divertissement. De nombreuses entreprises québécoises rayonnent à travers le monde.

En mars 2017, le gouvernement du Québec a annoncé qu’il investira 834 millions de dollars en six ans dans la recherche et l’innovation, dont 100 millions supplémentaires dans le secteur de l’intelligence artificielle (IA). Sans compter les dizaines de millions du gouvernement fédéral et les investissements massifs de géants tels que Microsoft et NVIDIA, entre autres.

L’industrie de la formation va capitaliser sur la lancée de l’intelligence artificielle. La formation en RV se situe au croisement de l’IA et de la science des données. La science des données est une discipline qui s’appuie sur des outils mathématiques, de statistiques, d’informatique. Cette science est principalement une science des données numériques et de la visualisation des données. Elle permet de collecter de façon plus fine des informations sur l’état d’apprentissage des apprenants, permettant de personnaliser les parcours de formation.

L’intelligence artificielle sera bientôt au centre des innovations dans le monde du travail et particulièrement de la formation. La contribution de l’IA dans la formation apporte un potentiel d’individualisation et d’aide aux enseignants et aux conseillers pédagogiques dans la conception et la correction de leurs cours. Elle améliorera l’expérience des apprenants dans leur parcours de formation.

Les professionnels de l’industrie de la formation ont toujours su s’adapter aux nouvelles technologies comme catalyseurs d’innovations. Nous l’avons vu, entre autres, avec l’Internet et les MOOC (acronyme de massive open online courses ou cours en ligne ouverts à tous). Nous le verrons aussi avec la RV et l’IA.

Que nous réserve l’avenir?

La réalité virtuelle n’est pas une mode passagère. Pas cette fois! Des entreprises technologiques mondiales comme Facebook, HTC, Google, Microsoft et Samsung ont investi des dizaines de milliards de dollars dans la RV. Le coût des équipements va continuer de baisser, ce qui entraînera des taux d’adoption plus élevés.

Au cours des cinq à dix prochaines années, la formation en RV va évoluer de façon exponentielle et deviendra de plus en plus réaliste. Elle sera omniprésente dans la formation industrielle et rendra les formations plus efficaces et plus engageantes.

Le domaine de l’éducation en bénéficiera et cela ouvrira des possibilités immenses pour les communautés éloignées. Les formations en RV seront aussi bonifiées par la science des données, les agents conversationnels (chatbots) et l’intelligence artificielle.

Une de clés de la réussite pour innover dans la conception de contenu de formation en réalité virtuelle est la collaboration d’acteurs hétérogènes aux compétences, intérêts et objectifs divers.

Le Québec possède une kyrielle d’entreprises en réalité virtuelle, augmentée et mixte. Des ponts sont créés entre les universités, les collèges, la communauté entrepreneuriale, les incubateurs et les accélérateurs.

Des liens se créent également entre les différents pôles industriels afin d’échanger du savoir et des idées, un bouillonnement qui aboutira certainement à la création de pépites québécoises dans la formation en RV.

Bref, on peut mettre nos lunettes roses virtuelles. L’avenir s’annonce prometteur et excitant pour l’industrie de la formation!

Source : Revue RH, volume 20, numéro Hors-série.
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