Vous lisez : Nouvelles technologies : Se déconnecter après le travail

Alors que les nouvelles technologies permettent de rester constamment connecté, des voix s’élèvent pour en dénoncer les dangers, en particulier pour les employés. Le constructeur automobile Volkswagen a donc décidé de les aider à se débrancher en dehors des heures de bureau.

Les nouvelles technologies facilitent la vie dans la mesure où elles permettent de travailler à distance, pratiquement en tout temps et en tout lieu. Le revers de la médaille? La frontière entre le travail et la vie personnelle devient de plus en plus floue. Ainsi, qui n’a pas déjà pris ses courriels professionnels en dehors des heures de bureau ou répondu à ses messages durant la fin de semaine? Une tendance qui s’accentue au fur et à mesure que l’on se conforte dans l’idée qu’un courriel doit recevoir une réponse presque immédiate.

Ainsi, dans un sondage réalisé en 2013 pour le compte de l’American Psychological Association, 53 % des employés américains disaient consulter leurs courriels professionnels durant le week-end alors que 52 % en faisaient autant avant et après les heures de bureau pendant la semaine, et même durant leurs journées de maladie (54 %) ou leurs vacances (44 %). Ce sondage a aussi démontré que, chez nos voisins du Sud, plus du tiers des employés estime que les technologies de l’information et des communications accroissent leur charge de travail et qu’à cause d’elles, il est difficile de cesser de penser à son travail (34 %) et même de prendre du repos (35 %).

Couper le cordon

Leslie A. Perlow, professeure à la Harvard Business School, connaît bien les problèmes causés par la connexion des employés après les heures de bureau. Auteure de Sleeping with Your Smartphone : How to Break the 24/7 Habit and Change the Way You Work, elle rapporte dans cet ouvrage les résultats d’expériences sur le terrain réalisées par elle et son équipe.

Le cabinet international Boston Consulting Group lui a ouvert ses portes. Six employés ont été désignés pour participer à l’étude, durant laquelle ils ne devaient pas être joints électroniquement après 18 h un soir par semaine. Un collègue de travail recevait toutefois les courriels à leur place et prenait contact en cas d’urgence. Les résultats ont été si concluants que 85 % des consultants oeuvrant pour cette firme dans tout le nord-est des États-Unis ont désormais adopté cette méthode.

Il faut dire que les chiffres parlent d’eux-mêmes. Ainsi :

  • 50 % des « déconnectés » vs 27 % des « connectés » ont hâte de rentrer au travail le lendemain. (Les premiers sont aussi plus satisfaits (54 %) de l’équilibre travail-vie personnelle que les seconds (38 %).)
  • 72 % des « déconnectés » vs 49 % des « connectés » se disent heureux de leur travail.
  • 58 % des « déconnectés » vs 40 % des « connectés » envisagent de demeurer à long terme dans l’entreprise et 95 % estiment qu’ils constituent un apport significatif pour leurs clients, contre 84 %.

Volkswagen débranche ses employés

Les constats sont les mêmes outre-Atlantique : selon une étude publiée en 2014 dans la revue Chronobiology International, prendre ses courriels après les heures de travail pourrait générer troubles du sommeil, maux de tête, fatigue, anxiété, problèmes digestifs et même cardiovasculaires.

En Allemagne, c’est le puissant syndicat de l’industrie automobile, IG Mettal, qui a sonné l’alarme. C’est sous son impulsion qu’en 2012, Volkswagen a décidé que les courriels professionnels ne seraient plus acheminés sur les téléphones des employés 30 minutes après la fin de la journée de travail et jusqu’à 30 minutes avant le début de celle-ci. Cette mesure n’a d’abord concerné qu’un millier de personnes, mais a ensuite été élargie à 5000 employés sur les 190 000 que compte Volkswagen au pays.

Pour sa part, depuis 2014, BMW paye des heures supplémentaire à ses salariés s’ils sont amenés à répondre à leurs courriels durant la fin de semaine, par exemple.

Quant à Daimler, qui fabrique les véhicules Mercedes, les courriels envoyés à des employés en vacances sont automatiquement effacés. L’expéditeur est avisé de l’absence de la personne qu’il cherche à joindre et est invité à contacter son remplaçant.

Ce n’est pas d’hier que la question des communications électroniques en dehors des heures de bureau suscite des questionnements. D’ailleurs, dès 2010, les syndicats de France Télécom (la compagnie nationale de télécommunications) avaient déjà signé une entente avec la direction selon laquelle les employés n’ont pas l’obligation de répondre aux courriels professionnels le soir, la fin de semaine et durant les congés. Si la refonte de la loi du travail française est finalement adoptée, elle inclura notamment une mesure visant à instaurer un « droit à la déconnexion » afin de respecter « les temps de repos et de congés du salarié », ainsi que sa « vie personnelle et familiale ». À quand une mesure identique au Québec?

Source : Revue RH, volume 19, numéro 3, juin/juillet/août 2016.


Références bibliographiques

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