Vous lisez : Pour éviter la mascarade écologique

Le 10 octobre dernier, les médias apprenaient que le supermarché Maxi & Cie de Sherbrooke deviendra en février 2008 le premier détaillant au Québec à ne plus mettre les achats de ses clients dans des sacs de plastique. Le communiqué de presse évoquait « le leadership de l’entreprise pour devenir un détaillant plus écologiquement responsable ».

« Ce projet est chapeauté par une équipe de travail qui comprend des responsables de l’environnement, des opérations, du marketing, des personnes au point de vente, les caissières, les emballeurs, etc., explique en entrevue Josée Bédard, directrice principale, affaires corporatives chez Provigo (composante des Compagnies Loblaw limitée, qui possèdent entre autres l’enseigne Maxi & Cie). Ce n’est pas une initiative du magasin de Sherbrooke. Ça s’inscrit dans l’ensemble des efforts de l’entreprise pour protéger l’environnement. » C’est ainsi qu’en avril dernier, Loblaw a manifesté sa volonté de réduire d’un milliard le nombre de sacs de plastique qui s’agglutinent dans les sites d’enfouissement au Canada.

« Le sac de plastique, c’est un problème réel. Et aussi un problème très médiatisé, commente Esther Dormagen, CRHA, vice-présidente capital humain de la petite entreprise-conseil en développement durable Optim Ressources (Montréal). Un détaillant alimentaire qui décide de retirer les sacs de plastique, c’est bien, mais s’il ne fait que ça, c’est ce qu’on appelle du greenwashing. »

Ce terme, qu’on peut traduire par « mascarade écologique », est utilisé par les groupes de pression environnementaux pour dénoncer les procédés de communication des entreprises en matière de développement durable qui ne sont pas accompagnés d’actions concrètes, l’argent et l’énergie étant essentiellement investis dans le marketing. Par exemple, cela consiste à inscrire « Nous respectons l’environnement » ou un logo vert sur un produit dont la toxicité n’a pas été réduite d’un iota.

Une véritable stratégie de développement durable doit impérativement impliquer les salariés du supermarché, affirme madame Dormagen : « Les employés se sentent plus engagés s’ils trouvent que leur entreprise a de bonnes pratiques environnementales et sociales. Inutile aussi, ajoute-t-elle, de concevoir des projets “verts” si on n’a pas assuré d’abord les fondements d’une politique de gestion des ressources humaines basée sur le développement des personnes. »

Esther Dormagen ajoute que « de bonnes pratiques, comme le développement des compétences, le mentorat, la formation et le bénévolat, sont la base d’une démarche de responsabilité sociale. Elles établissent l’engagement des employés. À cet égard, précise-t-elle, la génération Y a des exigences plus strictes en matière de développement durable. »

« Ce qu’on entend, tant de la part des employés que de la clientèle du Maxi & Cie de Sherbrooke, c’est qu’il s’agit d’un projet novateur, d’un projet courageux », affirme Josée Bédard.

Cette conviction des employés est sans contredit un bon point de départ vers le développement durable. Sans doute cet appui permettra-t-il à l’entreprise d’aller plus loin que le simple abandon du sac de plastique et d’éviter la mascarade écologique…

Jean-Sébastien Marsan, journaliste indépendant

Source : Effectif, volume 11, numéro 1, janvier/février/mars 2008.

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