Vous lisez : Oser s’imposer comme partenaire d’affaires…

Malheureusement, il est encore courant d’entendre : « Les RH, c’est la fonction qu’on ne voit jamais et pour laquelle il est difficile d’identifier une véritable valeur ajoutée pour l’entreprise ». Les professionnels en ressources humaines savent pour leur part à quoi ils servent et ce qu’ils valent. Pour les autres, c’est moins sûr. Comment les professionnels RH peuvent-ils démontrer à leurs collègues des autres fonctions que la gestion des ressources humaines est une composante stratégique de l’organisation? Comment agir en stratège pour servir le bien commun de l’organisation? Cet article présente quelques ingrédients étoffés de questions auxquelles le professionnel en ressources humaines peut s’amuser à répondre pour évaluer ses habiletés en matière de stratégie.

Porter intérêt à son entreprise et à son activité

Travailler en gestion des ressources humaines, c’est avant tout s’intéresser aux hommes et aux femmes qui travaillent dans l’organisation. Bien au-delà de cela, c’est également s’intéresser à ce que l’organisation produit, à ce qu’elle développe, à ce qu’elle vend. Et pas seulement ça! Au-delà de cette production, c’est aussi de s’intéresser aux raisons pour lesquelles l’entreprise existe. À quoi ça sert? À qui ça sert? Le fameux cercle d’or de Simon Sinek : pourquoi, comment, quoi, dans cet ordre.

Pour être perçu comme un véritable stratège, il est indispensable d’être en mesure de répondre spontanément à une liste de questions permettant de positionner et de définir son organisation.

  • Qui sont les membres du conseil d’administration de l’entreprise?
  • Quelles sont les trois grandes priorités stratégiques de l’entreprise?
  • Qu’est-ce qui est le plus important actuellement pour le président de l’entreprise?
  • Qui est mon principal client interne?
  • Qu’est-ce qui me rend fier d’être son partenaire d’affaires?
  • Est-ce que je fais partie de son équipe et de ses réflexions stratégiques?

Questionner ses interlocuteurs directs et les autres aussi…

Il est bon d’interpeller les décideurs ou les personnes clés au sein de l’organisation. Il faut démontrer son intérêt envers les projets des autres. C’est le fait de ne pas être indifférent, d’être ouvert à l’existence de l’autre qui stimule et permet d’aller de l’avant avec confiance.

Poser les bonnes questions à ses interlocuteurs permet également de gagner en compréhension et de pratiquer l’écoute attentive. S’étonner permet aussi d’être particulièrement vigilant. Il s’agit de rompre avec ses habitudes, de casser sa routine.

Pour aller puiser de l’inspiration et du nouveau, il faut élargir son cercle relationnel au-delà de son périmètre direct, favoriser des moments au cœur d’univers différents en visitant un collègue dans une unité voisine ou en allant voir comment une autre entreprise fonctionne. Quel que soit son poste, on doit s’autoriser une expédition apprenante dans un univers différent du sien, voire aux antipodes et, surtout, s’étonner positivement.

On doit aussi se demander ce qui est possible au lieu de ce qui ne va pas. Aucune force n’est plus importante que celle d’un groupe engagé vers ce qui lui importe. Il faut être assez courageux pour entamer une conversation d’importance avec les autres : parler aux personnes qu’on connaît, à ceux qu’on ne connaît pas et à ceux à qui l’on ne parle jamais. Voici encore une fois une liste de questions auxquelles répondre spontanément :

  • Quelles sont les questions automatiques que je pose à mes interlocuteurs?
  • Quelles sont les questions qui me donnent réellement des réponses que je ne connaissais pas?
  • Les réponses de mes interlocuteurs me donnent-elles l’impression d’en apprendre plus sur l’activité de l’entreprise? M’enrichissent-elles?
  • Est-ce que j’ose questionner les gens que je croise dans l’organisation, en dehors de mon cercle habituel?
Illustration

Quelques qualités clés...

Par essence même, de par sa profession, le professionnel RH s’intéresse à la valeur humaine. Mais il n’est pas vain de rappeler les qualités clés qui lui permettent de mieux accompagner son client interne.

La capacité d’écoute

L’écoute est au cœur de la pratique du partenaire d’affaires; mais savoir écouter sans juger hâtivement ou sans préjugés relève d’une pratique particulière. Être en mesure d’écouter les autres et ce qui émerge confère une hauteur et une profondeur de vue incomparables sur l’entreprise dans son environnement. Pour ce faire, il est nécessaire de dissocier quatre niveaux d’écoute (selon Otto Scharmer, maître de conférence au MIT de Boston) :

  • l’écoute initiale qui consiste à télécharger l’information, la situation;
  • l’écoute secondaire ou factuelle, qui laisse chacun dans ses champs de connaissance;
  • l’écoute empathique, qui permet d’intégrer la situation de l’autre et de l’appréhender;
  • l’écoute générative, qui permet de bâtir quelque chose de jamais vu jusque-là.

La capacité de questionnement

Se questionner sur sa pratique ainsi que sur sa contribution à l’organisation est un geste clé qu’on devrait faire régulièrement. Si on désire être mieux connu et reconnu, il faut savoir susciter l’intérêt des autres unités de l’organisation. Comment? En contribuant à générer de la valeur pour l’organisation.

  • Combien de fois ai-je pris un temps de réflexion individuelle en réunion?
  • Quelle est la répartition de la parole entre mon client interne et moi?
  • Est-ce que je parle plus ou moins que mon interlocuteur?
  • Quel est mon niveau d’attention aux émotions de mon interlocuteur?
  • Est-ce que je pratique des rencontres de travail en mouvement? Plus précisément, en marchant?

La capacité d’inspiration

Un gestionnaire des ressources humaines doit surveiller les grandes tendances et connaître la posture adéquate à adopter dans un contexte volatile, incertain, complexe et ambigu. Se tenir à jour est un élément essentiel pour lui. Toutefois, au-delà du maintien de ses connaissances et du suivi régulier de l’actualité touchant son domaine, il est essentiel que le professionnel RH s’inspire de ce qui se fait ailleurs. Ne serait-il pas intéressant et pertinent d’ouvrir ses intérêts au-delà même du domaine d’activité de ses clients?

  • À quand remonte ma dernière lecture sur les grandes tendances?
  • Quels sont les articles marquants qui m’aident à éclairer mes clients internes?

Pour conclure

En terminant, il est essentiel de pouvoir répondre spontanément à ces dernières questions pour pouvoir agir en stratège afin de servir le bien commun de l’organisation :

  • Qu’est-ce qui fera en sorte que mon client me trouvera crédible?
  • Qu’est-ce qui va porter mon client à me faire confiance?

Bref, il faut partir autrement à la rencontre de son client pour développer sa posture de stratège.

Nathalie Nowak, co-fondatrice associée, ImFusio
Geneviève Desautels, CRHA, MBA, PCC, présidente, UniVers Un Monde en Soi inc. et UniVers Interactif inc.

Source : Effectif, volume 18, numéro 4, septembre/octobre 2015.

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