Vous lisez : Introverti et extraverti : pour être mieux compris

L’un préfère le silence feutré de son bureau, l’autre s’épanouit dans le feu de l’action. Quand tout s’agite autour d’eux, l’un a le tournis alors que l’autre est stimulé. Tout semble opposer l’introverti et l’extraverti. Chacun a son langage, son style d’expression et ses préférences de communication. Conseils pour communiquer avec l’un et l’autre…

Du type introverti?

Les conversations à bâtons rompus lui donnent le vertige. Il préfère écouter plutôt que parler. Il ne supporte pas les moulins à parole. Il lui faut réfléchir pour formuler ses pensées. Il n’aime guère être interrompu dans ses réflexions. Le brouhaha gruge son énergie. Il évite les soirées très animées. Il déteste travailler sous pression. Rien ne l’insupporte plus que de passer d’un sujet à l’autre. Il est plus à l’aise dans la réflexion que dans l’action. Il lui est difficile de se concentrer en pleine agitation. « Rien ne sert de courir, il faut partir à point » est sa maxime préférée... Nul doute : cet individu fait partie du groupe des introvertis! Ce qui le distingue? Une réelle capacité à plonger en lui pour se ressourcer, y puiser une force de concentration et une mine d’idées. De nature réfléchie, il est capable d’absorber beaucoup d’informations et d’y mettre bon ordre pourvu qu’on lui en laisse le temps. Son attitude posée le fait souvent passer pour une personne réservée. D’ailleurs, son expression personnelle s’accorde à son style de communication tout en retenue.

Ou plutôt extraverti?
Il aime les lieux où l’énergie circule. Les « tempêtes d’idées » stimulent sa créativité. D’ailleurs, pas besoin de solliciter son avis pour le connaître! Il apprécie les idées qui jaillissent au cœur des échanges. Il aime être au cœur de l’action. Il est régulièrement au centre de l’attention. Il préfère communiquer face-à-face plutôt que d’échanger par écrit. Il a la réputation d’être d’un abord facile. Il déteste mariner dans la routine et la variété est sa devise. La solitude le fait sombrer dans l’ennui. Voilà les principaux traits de l’individu d’un naturel extraverti. Son principal atout? Sa grande facilité à nouer des contacts, à rebondir sur une idée, à exprimer ses idées et ses sentiments. Stimulé par les relations humaines, il se sent comme un poisson dans son bocal en travail d’équipe. Orienté vers l’extérieur, ouvert à la nouveauté, ressourcé au contact des gens, il carbure à l’énergie ambiante. Naturellement démonstratif, il a un sens de la répartie égal à sa capacité de réaction. D’ailleurs, il n’a aucun mal à penser tout haut!

Dialogue de sourds?
Histoire de mieux comprendre la dynamique de communication entre l’introverti et l’extraverti, voici un exemple de conversation. L’extraverti s’avance vers l’introverti, la main tendue, le sourire aux lèvres. Il adresse la parole à l’introverti (à noter : il fait le premier pas), mais il a la vague impression qu’il le dérange :
– Bonjour, votre visage ne m’est pas inconnu. Je m’appelle Jean!
– Bonjour, mon nom est Yves. [La physionomie de l’intraverti est impassible]
– C’est sûr, nous nous sommes déjà croisés!
– Je ne vois pas.
– Et qu’est-ce qui vous intéresse à ce congrès? Personnellement... [L’extraverti décrit son intérêt pour le sujet]
– ... [Silence]
– Bon, cela m’a fait plaisir de vous parler. Je ne vous dérange pas davantage... [Se disant à part soi : « Et moi qui cherchais à entamer la conservation, c’est raté. Qu’il reste dans son coin! »]
– Et bien, salut. [Intérieurement : « Pourquoi interrompt-il la conservation qu’il vient à peine d’entamer? »]

Dans cet échange fictif, l’extraverti a une attitude ouverte et expansive. Il communique facilement ses impressions et passe d’un sujet à l’autre de façon dynamique. Mais il est embarrassé par le peu de réaction de l’introverti. Quant à l’introverti, il adopte d’emblée une attitude plus distante. Il commence par écouter et préférerait approfondir un peu la relation avant d’entamer une réelle discussion. Le flot de paroles de l’extraverti déconcerte l’introverti qui n’y voit que superficialité.

Coup de projecteur sur l’introverti
En milieu de travail, les forces de l’un et de l’autre comptent tout autant. Dans une équipe, l’introverti et l’extraverti sont complémentaires. Pourtant, ici et là, des introvertis qui ont réussi prennent la plume (ou le micro) pour exprimer leur sentiment d’injustice. Être un introverti dans une culture occidentale qui valorise l’extraversion n’est pas une mince affaire. Difficile de percer en affaires quand les valeurs qui priment sont liées à l’art de savoir convaincre, paraître et se vendre. Or, il n’y a aucune corrélation entre être le meilleur orateur et avoir les meilleures idées, plaide Susan Cain, ex-avocate d’affaires, dans QUIET : The Power of Introverts in a World That Can't Stop Talking. Fatiguée d’être poussée, dès son plus jeune âge, à « s’extravertir » pour s’intégrer au groupe, elle met les points sur les i. Nombre de leaders dans ce monde sont des introvertis propulsés au sommet par leur force de créativité, de persévérance et de réflexion. Ils dénoncent quelques préjugés au passage… Oui, ils peuvent aimer la solitude sans être asociaux. Non, ce n’est pas parce qu’ils ne parlent pas qu’ils ne pensent pas. Et de préciser que le type introverti est très apprécié dans les cultures orientales où l’introversion fait figure de sagesse. Certes, on aurait tort de se priver de leur contribution. Et si le principal problème en était un de communication? Introvertis et extravertis ne discutent pas à armes égales et, quand ils échangent, ils sont rarement sur la même longueur d’onde.

Conseils pour communiquer avec un introverti
Pourquoi les introvertis se taisent-ils dans les réunions? Marti Olsen Laney, auteure de l’ouvrage Introverti et heureux, explique aux extravertis qu’il leur faut du temps pour absorber de nouvelles informations et se faire une opinion. Pour faciliter la communication, elle recommande de les inciter à parler et de les écouter sans les interrompre, de leur donner le temps de s’exprimer et, au besoin, de leur permettre de communiquer leurs idées par écrit (ce qu’ils préfèrent), de fixer une durée déterminée pour la réunion. Autres conseils : mieux faire circuler l’information avant la réunion afin que les introvertis puissent l’analyser. Préférer un style oral concis. Inutile de revenir sur ses propos à chaque moment de silence. Une pause dans la discussion favorise la réflexion. Faire entendre tous les points de vue pour aider les introvertis à se faire une opinion.

Suggestions pour évoluer dans un milieu d’extravertis
Bruna Martinuzzi, facilitateur, recommande à l’introverti de donner des indices visuels de son écoute (sourire, hochement de tête, clin d’œil), de développer sa capacité à mieux communiquer ses idées, à éviter les temps morts, à fournir de la rétroaction en temps opportun, à partager l’information avec le plus de personnes. Il lui suggère aussi d’appliquer une affiche humoristique « Ne pas déranger » sur sa porte, d’écourter poliment la discussion en cas d’interruption. Il lui conseille également, s’il doit participer à un débat animé, d’imaginer les objections à l’avance ou de reformuler les questions pour gagner un temps de réflexion, de faire preuve de spontanéité dans ses échanges et de ne pas craindre de s’exprimer avec force de conviction.

Myriam Jézéquel, journaliste indépendante

Source : Effectif, volume 15, numéro 3, juin/juillet/août 2012.


Sources :

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