Vous lisez : Femmes du monde en tête

La mondialisation des marchés exige du gestionnaire des compétences propres au « leadership international ». Les contextes d’affaires étant multiples, le leader doit faire preuve entre autres de sensibilité et de créativité, d’écoute, de collaboration et d’intelligence émotionnelle, et promouvoir l’engagement des employés.

Or, ce sont des qualités généralement reconnues aux leaders de sexe féminin. De plus, par définition, le leadership international fait appel aux notions de justice sociale, laquelle comprend l’égalité entre les sexes qui, elle, implique la représentation directoriale équitable homme/femme. Le leadership international met donc en place une conjoncture favorable aux femmes de tête du monde entier.

Comme pour donner une impulsion à cette nouvelle tendance, en France, la multinationale Alcatel-Lucent, forte de sept membres féminins sur les vingt-trois postes (30 %) de niveau supérieur, a instauré son programme Femmes et leadership en mars 2005. Il faut savoir qu’en France, seulement 17 % des fonctions dirigeantes sont confiées à des femmes.

Avec un chiffre d’affaires de 13,1 milliards d’euros en 2005 et cent cinquante-huit mille employés répartis dans cent trente pays, Alcatel-Lucent et sa directrice générale, Patricia Russo, s’engagent résolument dans la promotion de la diversité. Par le tutorat, la formation, la constitution de réseaux locaux et l’évaluation des progrès prévus au programme Femmes et leadership, Alcatel-Lucent entend augmenter de 10 % son « bassin » de talent féminin.

Cependant, de telles initiatives restent isolées. Dans la majorité des pays, la représentation directoriale demeure inégale, comme en témoigne une étude publiée par Grant Thornton le 8 mars 2007, à l’occasion de la Journée internationale de la Femme. À l’échelle de trente-deux pays (81 % du PIB mondial), 38 % des sept mille deux cents entreprises privées sondées ne comptaient aucune femme dans leur équipe de direction! Outre le Japon qui enregistre un anémique taux de 7 % de leaders féminins, le Luxembourg (10 %), l’Allemagne (12 %) ainsi que les Pays-Bas (13 %) s’écrasent littéralement devant les Philippines qui brandissent leur proportion de 50 % d’entrepreneures!

Étonnamment, l’innovante Silicon Valley, aux États-Unis, n’échappe pas non plus à cette sous-représentation. Les femmes ne constituent que 8,8 % des cadres dirigeants. Le manque de visibilité féminine et les stéréotypes masculins dans le secteur des hautes technologies en seraient l’explication.

Or, il semble que les femmes du monde entier excellent à créer des entreprises. À condition que les réglementations de leur pays les servent. Ainsi, les entrepreneures rwandaises, présentes à 41 %, n’ont pas eu à obtenir le consentement de leur mari pour créer leur entreprise, contrairement à leurs consœurs congolaises (18 %)…

Dans un même ordre d’idées, il est intéressant de constater que les Françaises, à la tête de cinq cent soixante-dix mille entreprises, créent volontiers des entreprises à vocation tertiaire, commerciale ou de services à la personne. Quant au succès des entreprises fondées par des femmes, les exemples américains parlent : la croissance des onze millions de sociétés américaines fondées par des femmes (50 % du pays) surpasse la moyenne nationale. De même pour la création d’emplois au sein de ces entreprises.

Le leadership international sonnerait-il le glas du leader masculin comme unique modèle? Les femmes semblent désormais appelées à se distinguer par un leadership véritablement féminin.

Source : Effectif, volume 11, numéro 1, janvier/février/mars 2008.

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