Vous lisez : Violence conjugale et milieu de travail : un mauvais ménage

La violence conjugale, même si elle est vécue à la maison, engendre des effets psychologiques et physiques dévastateurs qui ont des impacts importants sur les milieux de travail.

Qu’est-ce que la violence conjugale?

Dans une enquête récente menée par le Congrès du travail du Canada en partenariat avec l’Université Western, en Ontario, sur la violence conjugale et le milieu de travail, la violence conjugale est définie comme suit : « Toute forme de violence physique, sexuelle, affective ou psychologique, ce qui comprend le contrôle financier, le harcèlement et l’intimidation. Cela se produit entre partenaires intimes de sexe opposé ou de même sexe, mariés ou non, conjoints de fait ou vivant ensemble. Elle peut également continuer après une séparation[i]. »

Elle n’a pas de genre, d’orientation, de culture, d’âge ou de statut socio-économique. Même si la violence conjugale touche particulièrement les femmes et est souvent perpétrée par des hommes, il ne faut pas écarter le fait qu’ils en sont aussi victimes. De plus, elle peut toucher tant la population hétérosexuelle que la communauté LGBTQ+.

Quelques statistiques…

Même si la violence conjugale semble en baisse au pays selon l’Enquête sociale générale de Statistique Canada dont les résultats ont été dévoilés en 2016, les chiffres demeurent alarmants puisque l’agence évalue également que 70 % des actes de violence conjugale ne sont pas déclarés à la police. Ce constat expliquerait peut être les bas taux du Canada, bien inférieurs à ceux des pays scandinaves, par exemple, une région du monde pourtant considérée comme à l’avant-garde en ce qui concerne la situation des femmes[ii].

Au Canada, la violence conjugale en milieu de travail a été désignée comme la forme de violence en milieu de travail qui connaît la plus forte croissance, et une Canadienne sur quatre sera victime de violence conjugale au cours de sa vie[iii].

Les conséquences directes et indirectes de la violence conjugale coûtent aux employeurs canadiens 77,9 millions de dollars par an, et bien plus cher encore aux individus, aux familles et à la société[iv].

Dans l’enquête menée par le Congrès du travail du Canada intitulée Peut-on être en sécurité au travail quand on ne l’est pas à la maison?, parmi les personnes ayant déclaré être ou avoir été victimes de violence conjugale, 38 % ont indiqué que cela avait nui à leur capacité de se rendre au travail (absences, retards), 81,9 % ont déclaré que la violence conjugale avait nui à leur rendement professionnel (manque de concentration, fatigue, malaise), 31,1 % ont déclaré que cela nuisait également à leurs collègues et 8,5 % des victimes de violence conjugale ont déclaré avoir perdu leur emploi pour cette raison[v].

Pourquoi devriez-vous vous en préoccuper?

La plupart des victimes de violence conjugale hésitent à parler des mauvais traitements qui leur sont infligés, par honte ou par peur. Ainsi, même si vous n’êtes pas au courant des problèmes que peuvent vivre les membres de votre personnel à cet égard, il est fort à parier que certains sont des victimes de violence conjugale, les milieux de travail féminins étant particulièrement à risque.

La violence conjugale a de réels impacts sur vos affaires et votre lieu de travail. D’ailleurs, les recherches laissent entendre que 70 % des victimes de violence conjugale sont aussi tyrannisées au travail à un certain moment[vi]. Parmi ces effets, nous comptons notamment :

  • La diminution de la productivité de la victime et la baisse de rendement de son équipe de travail;
  • L’augmentation du niveau d’absentéisme;
  • Les pertes financières;
  • L’affaiblissement du moral de la personne touchée et de son entourage;
  • Les relations tendues entre collègues de travail;
  • L’émergence ou l’aggravation des conflits;
  • L’augmentation des dépenses de l’entreprise en matière de santé;
  • Les problèmes de responsabilité potentiels si une personne devait être blessée dans son milieu de travail.

D’autre part, commettre des actes de violence conjugale a aussi des conséquences importantes pour l’agresseuse ou l’agresseur en tant que travailleuse ou travailleur ainsi que pour son lieu de travail.

Une étude récente a révélé que 53 % des agresseuses et des agresseurs estimaient que leur comportement avait nui à leur rendement professionnel, 75 % avaient du mal à se concentrer au travail et 19 % ont rapporté avoir causé ou presque causé des accidents sur leur lieu de travail en raison de leur comportement violent. Ces comportements conduisent à une perte d’heures de travail, à la diminution de la productivité et à des risques pour la sécurité des collègues[vii].

Il est aujourd’hui reconnu dans la plupart des entreprises que la santé, la sécurité et le bien-être général des employés ont un impact direct sur le rendement de l’organisation et que l’employeur a un rôle primordial à jouer à ce chapitre. Le moindre effort de sensibilisation de l’employeur auprès de son personnel sur les impacts de la violence conjugale ainsi que le fait de donner du soutien et d’orienter les victimes et les agresseurs vers des ressources compétentes peut avoir une incidence positive sur les résultats de l’entreprise et peut aider à l’obtention d’une vie meilleure pour ces personnes, en plus de contribuer à rendre notre société plus sûre et plus saine.

Comment se manifeste la violence conjugale dans les milieux de travail?

En plus de traîner des séquelles de la violence conjugale sur son lieu de travail, comme la peur, l’inattention, la fatigue, l’anxiété, la perte d’estime et de confiance en soi, la méfiance dans les relations, l’isolement, des symptômes physiques, tels que des blessures, des maux de tête, des ulcères, des ITS ou des grossesses non désirées, la victime peut aussi subir des actes de violence conjugale directement sur le lieu de travail.

Ainsi, l’agresseuse ou l’agresseur peut envoyer des courriels, des messages vocaux ou des textos comportant des menaces. Cette personne peut consulter et commenter de façon obsessive les profils, les contacts et les publications de sa victime sur les réseaux sociaux. Elle peut espionner ses communications, l’humilier en la critiquant ou en l’abaissant en présence des collègues ou communiquer avec eux et le milieu de travail pour garder un œil sur la victime. Elle peut également se présenter sur les lieux du travail et s’en prendre à sa victime physiquement ou sexuellement. Elle peut même aller jusqu’à la menacer de mort et finalement passer à l’acte.

Que pouvez-vous faire en tant qu’employeur?

Il faut reconnaître qu’il est difficile pour un employeur d’agir lorsqu’on parle de violence conjugale. Cela ne signifie pas pour autant qu’il n’y a rien à faire. Ainsi, différentes mesures préventives et certaines pratiques de gestion peuvent contribuer à la dénonciation de ce type d’abus.

  • Tentez d’abord de comprendre le problème en vous renseignant à ce sujet;
  • Diffusez de l’information à votre personnel et sensibilisez-le au phénomène;
  • Dressez une liste des ressources disponibles et publicisez-la auprès du personnel (PAE, organismes communautaires, service de psychologie, etc.);
  • Offrez une formation sur la violence conjugale et les stratégies d’intervention à vos intervenantes et vos intervenants clés;
  • Adoptez une politique en matière de violence conjugale et des politiques de soutien non discriminatoire;
  • Tentez d’accommoder les victimes en offrant des mesures particulières pour concilier leur vécu de violence conjugale et leur vie professionnelle;
  • Favorisez un climat sain et positif.

Finalement, il est important que les représentantes et les représentants de l’employeur demeurent à l’écoute, neutres et objectifs. Il faut également qu’ils inspirent confiance afin d’inciter les travailleurs et les travailleuses victimes de violence conjugale à se confier. Dans un tel cas, il s’agit de fournir le soutien tant espéré par ces personnes en les croyant, en les écoutant activement, en leur témoignant de la compassion, en faisant preuve de non-jugement et en les aidant à trouver des solutions.

Source : VigieRT, janvier 2018.

i Wathen, C. N., MacGregor, J. C. D., MacQuarrie, B. J. avec le Congrès du travail du Canada. (2014). Peut-on être en sécurité au travail quand on ne l’est pas à la maison? Premières conclusions d’une enquête pancanadienne sur la violence conjugale et le milieu de travail. London, ON : Centre for Research & Education on Violence Against Women and Children.
ii ici.radio-canada.ca/nouvelle/1069150/femmes-violence-conjugale-monde-etat-des-lieux.
iii www.gov.mb.ca/fs/fvpp_toolkit/why.fr.html.
iv Zhang, T., Hoddenbagh, J., McDonald, S., & Scrim, K. (2012). Une estimation de l’incidence économique de la violence conjugale au Canada, 2009. Ottawa, ON : ministère de la Justice Canada, division de la recherche et de la statistique.
v Wathen, C. N., MacGregor, J. C. D., MacQuarrie, B. J. avec le Congrès du travail du Canada. (2014). Peut-on être en sécurité au travail quand on ne l’est pas à la maison? Premières conclusions d’une enquête pancanadienne sur la violence conjugale et le milieu de travail. London, ON : Centre for Research & Education on Violence Against Women and Children.
vi www.gov.mb.ca/fs/fvpp_toolkit/why.fr.html.
vii Schmidt, M. C., & Barnett, A. (2011). How does domestic violence affect the Vermont workplace? A survey of male offenders enrolled in batterer intervention programs in Vermont. Montpelier, VT : Vermont Council on Domestic Violence.
Ajouté à votre librairie Retiré de votre librairie