Vous lisez : La conciliation travail-famille, qui en tire vraiment avantage?

La conciliation travail-famille est un sujet qui a fait couler beaucoup d’encre au cours des dernières années. Encore récemment, avec la grève dans le secteur de la construction, la main-d’œuvre réclamait de passer plus de temps en famille. A priori, il est essentiel de rappeler que la conciliation travail-famille se définit comme la recherche de l’équilibre entre les exigences et les responsabilités liées à la vie professionnelle et à la vie familiale[1]. Il est clair que le personnel en retire des bénéfices, mais qu’en est-il pour les entreprises?

Les congés minimaux devant être accordés à la main-d’œuvre québécoise

Actuellement, seuls les employeurs exerçant des activités relevant de la compétence fédérale ont l’obligation légale d’accommoder les membres du personnel afin de leur permettre de concilier travail et famille. Ainsi, au Québec, le personnel travaillant, par exemple, pour des banques, des entreprises de transport interprovincial ou ferroviaire et des télédiffuseurs voit sa conciliation travail famille protégée par la Loi canadienne sur les droits de la personne. On pourrait considérer que des employeurs ne permettant pas cette conciliation font preuve de discrimination à l’égard de la personne concernée, à moins qu’ils démontrent que la mesure d’accommodement demandée leur impose une contrainte excessive.

Par contre, les employeurs dont les activités sont régies par le droit provincial ne sont pas assujettis à cette obligation. En effet, à l’heure actuelle, le motif protégé par la Charte des droits et libertés de la personne, soit l’état civil, n’équivaut pas à un motif relatif à la situation familiale tel que nous le retrouvons dans la Loi canadienne sur les droits de la personne.

Néanmoins, le gouvernement québécois a légiféré afin d’encadrer les obligations des employeurs relatives à la vie familiale du personnel. À cet égard, nous pouvons souligner qu’à la suite de l’intervention de l’État, la main-d’œuvre bénéficie d’un certain nombre de jours d’absence ou de congé sans solde afin qu’elle puisse veiller au bien-être de ses proches.

Par exemple, un membre du personnel peut s’absenter du travail, sans salaire, pendant dix (10) journées par année pour remplir des obligations reliées à la garde, à la santé ou à l’éducation de son enfant ou de l’enfant de son conjoint, ou en raison de l’état de santé de son conjoint, de son père, de sa mère, d’un frère, d’une sœur ou de l’un des grands parents[2].

Cette période peut atteindre douze (12) semaines sur douze (12) mois lorsque la présence du membre du personnel est requise auprès de l’une ou de l’un des proches énumérés précédemment en raison d’une grave maladie ou d’un grave accident[3].

Le législateur québécois a également prévu des congés pour la mère et le père au moment de la naissance d’un enfant. En effet, un congé de maternité de dix huit (18) semaines et un congé de paternité de cinq (5) semaines sont prévus dans la Loi sur les normes du travail[4]. De plus, les parents ont droit à un congé parental sans salaire d’au plus cinquante-deux (52) semaines[5].

De surcroît, n’oublions pas la mise en place du Régime québécois d’assurance parentale (RQAP) en janvier 2006.

Ainsi, bien qu’il soit essentiel de souligner que cette énumération de congés n’est pas exhaustive, les employeurs sont tenus d’accorder un minimum de congés aux membres du personnel afin qu’ils puissent concilier travail et famille.

De bonnes pratiques à envisager

Depuis 2010, les employeurs québécois ont la possibilité de se conformer à la norme BNQ 9700-820, dont l’objectif est de fixer des balises qui orientent les organisations dans une démarche visant à favoriser la conciliation travail-famille[6].

Cette norme a été élaborée à l’initiative du ministère de la Famille et des Aînés et vise l’intégration de la conciliation travail-famille à la gestion des ressources humaines des organisations. Elle spécifie les exigences à atteindre dans le respect des caractéristiques et des réalités des organisations et de leur personnel[7].

Même si l’obtention de cette certification peut apporter son lot d’avantages, il n’en demeure pas moins qu’il existe des mesures qui sont plus faciles à mettre en place par des employeurs désireux d’offrir une meilleure conciliation travail famille à leur main-d’œuvre. Quelques-unes de ces mesures sont présentées dans le tableau ci-dessous.

AMÉNAGEMENT DU TEMPS DE TRAVAIL CONGÉS ET AVANTAGES SOCIAUX SERVICES AU PERSONNEL
Semaine de travail condensée / Réduction volontaire du temps de travail Hausse du nombre de jours de vacances accordés Accès à un service de garde en milieu de travail
Retour progressif à la suite d’un congé parental Banque de congés mobiles Journée de la famille
Horaire flexible Paiement de frais relatifs aux études Services alimentaires
Télétravail / travail à domicile Paiement de frais relatifs à l’entraînement Services à domicile
Accumulation d’heures pour usage futur Congés payés pour raisons familiales Programme d’aide aux employés (PAE)

En effet, il existe une panoplie de mesures pouvant favoriser la conciliation travail-famille. Évidemment, il appartient à chaque organisation de déterminer celles qui conviennent le mieux aux réalités et aux besoins de l’entreprise et de son personnel.

Quels sont les avantages pour les membres du personnel?

La mise en place de mesures visant à faciliter la conciliation de la vie professionnelle avec la vie familiale du personnel apporte son lot d’avantages pour ce dernier.

Les mesures permettent notamment d’améliorer la satisfaction, la concentration et le rendement au travail, mais lui permettent également d’avoir le sentiment d’être important aux yeux de l’entreprise.

Les mesures de conciliation travail-famille ont un impact direct sur la santé du personnel d’une entreprise. En effet, il voit une amélioration de sa qualité de vie, un gain d’énergie et de créativité ainsi qu’une plus grande capacité à faire face au stress. Notons qu’il y a également une diminution de la fatigue, de l’insomnie et des problèmes de santé liés au stress et à l’anxiété.

Par ailleurs, les membres du personnel constatent généralement une amélioration de leurs relations interpersonnelles, tant avec leurs parents, leurs enfants et leur conjointe ou leur conjoint qu’avec leurs collègues au travail.

Quels sont les avantages pour les entreprises?

Si la conciliation travail-famille fait le bonheur du personnel, les entreprises en tirent également de nombreux avantages.

À l’heure actuelle, le salaire seul n’est plus suffisant pour attirer et conserver des talents au sein d’une entreprise. Les organisations ayant adopté de telles mesures améliorent leur roulement de personnel, ce qui permet une économie sur le recrutement, la formation de la nouvelle main-d’œuvre et le réaménagement des postes de travail.

De plus, il n’est pas rare de voir que certains professionnels refusent des promotions par crainte que cela nuise à leur famille. En implantant de telles mesures visant la conciliation travail-famille, les entreprises misent sur l’avancement des membres du personnel plutôt que de recruter continuellement à l’externe.

La conciliation travail-famille suscite aussi un plus grand engagement de la part du personnel envers les employeurs, ce qui a pour impact d’accroître la productivité, d’améliorer le rendement, de diminuer le temps consacré aux tâches personnelles durant les heures de travail et de diminuer les coûts liés à l’absentéisme.

Par ailleurs, la mise en place de bonnes pratiques permet la projection d’une meilleure image organisationnelle auprès des clients et des chercheurs d’emploi.

En bref, force est de constater que la conciliation travail-famille est bonne pour les affaires d’une entreprise.

En résumé

En conclusion, il est important de rappeler que la plus grande richesse d’une entreprise est son capital humain. Pour assurer la pérennité de leur entreprise, les employeurs doivent traiter les membres de leurs équipes adéquatement, et aujourd’hui, cela passe inévitablement par la conciliation travail famille.

Il est primordial pour les entreprises de s’adapter aux nouvelles réalités familiales afin de demeurer concurrentielles dans le marché de l’emploi, et ce, d’autant plus que la main-d’œuvre qualifiée s’annonce de plus en plus rare dans le contexte du vieillissement de la population et que la relève accorde une grande importance à sa qualité de vie et à sa satisfaction au travail.

Ainsi, il n’y a pas de doute, avec des mesures facilitant la conciliation travail famille, tout le monde est gagnant.

Source : VigieRT, septembre 2017.

1 Bureau de normalisation du Québec,Santé au travail-Conciliation travail famille:http://www.bnq.qc.ca/fr/normalisation/sante-et-travail/conciliation-travail-famille.html.
2 Loi sur les normes du travail, RLRQ c. N-1.1, article 79.7.
3 Id.article 79.8.
4 Id.article 81.2 et 81.4.
5 Id.article 81.10.
6 Bureau de normalisation du Québec,Santé au travail-Conciliation travail famille:http://www.bnq.qc.ca/fr/normalisation/sante-et-travail/conciliation-travail-famille.html.
7 Id.

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