Vous lisez : Diversité en emploi : briser les préjugés

Peur de la différence. Difficulté à vérifier l’expérience ou à évaluer les diplômes obtenus à l’étranger. Barrière de la langue. Il arrive encore que certains recruteurs écartent d’emblée les CV de personnes d’origines diverses, constate Brigitte Lavallée, CRHA, consultante en diversité et inclusion chez R2e Management. « Pour certains, les immigrants sont un peu suspects », reconnaît-elle.

Des biais parfois conscients, parfois inconscients, observe pour sa part Noellie Dias, CRHA, consultante en ressources humaines chez Iceberg Management. « L’inconnu suscite de l’inconfort. Si bien que certains recruteurs ont le réflexe de rechercher des personnes qui leur ressemblent. » Ce faisant, nul besoin de naviguer dans l’ambiguïté, de comprendre les codes culturels ou d’évaluer l’expérience de la personne.

Ce sont des automatismes dont les organisations doivent se défaire pour éviter d’écarter des candidats compétents pour de mauvaises raisons. Car au-delà des différences, les employeurs ont tout avantage à voir le potentiel de ces travailleurs, mentionne Noellie Dias. Sans oublier que beaucoup arrivent en sol québécois avec un diplôme en poche, renchérit Brigitte Lavallée.


Avantages multiples

Les employeurs ont intérêt à faire l’effort de passer par-dessus ces barrières pour laisser plus de place à la diversité, d’abord pour accéder à un bassin de talents trop souvent mis à l’écart, mais qui constitue pourtant un atout dans le contexte de pénurie de main-d’œuvre qui sévit dans plusieurs secteurs. Ensuite, la gestion inclusive apporte de multiples avantages, tant pour les entreprises que pour le personnel. « La diversité, c’est une richesse, souligne Noellie Dias. Et les organisations qui ouvrent leurs horizons sont plus efficaces et plus rentables. »

La consultante cite les travaux du psychologue Daniel Goleman qui ont démontré que les employeurs préconisant la diversité sur le plan de l’âge, du genre et de la culture obtiennent des « équipes ayant des taux de satisfaction plus élevés, offrant un meilleur service à la clientèle et se montrant plus créatives », rapporte-t-elle.

En effet, faire converger différents points de vue met la table pour l’innovation, note Brigitte Lavallée. « Quand tous les participants se ressemblent, on “sort moins des sentiers battus”. Le fait de confronter ses idées permet de voir les choses autrement. De plus, si les membres du personnel parlent plusieurs langues, c’est un atout pour le service à la clientèle. De la même manière, cela peut aussi s’avérer un avantage pour percer de nouveaux marchés à l’international ou tout simplement pour moduler ses projets en fonction des différences culturelles », ajoute-t-elle.

« Prôner l’inclusion améliore également le climat de travail, en plus d’attirer certains candidats qui recherchent un employeur ayant mis en place des pratiques qui concordent avec leurs valeurs », précise Noellie Dias. « De plus, une entreprise qui offre une première expérience de travail au Canada à un(e) nouvel(le) arrivant(e) gagnera sa reconnaissance. Ces personnes deviendront ensuite vos meilleurs ambassadeurs dans leur collectivité », soutient la CRHA.

Passer outre les barrières

Les organisations qui désirent ouvrir leurs horizons peuvent se tourner vers différentes ressources pour les accompagner, comme Maillon Techno, un programme élaboré par TECHNOCompétences en partenariat avec Services Québec qui offre un soutien aux employeurs de l’île de Montréal dans leur processus de recrutement, d’intégration et de formation d’appoint pour des postes à pourvoir dans le domaine des TIC.

C’est un pas dans la bonne direction, pourvu que l’on mette en place les conditions pour favoriser l’inclusion des travailleurs, estiment les deux spécialistes. Ce qui demande une réflexion personnelle et collective pour cerner les préjugés et les idées préconçues. « Il faut aussi sensibiliser autant les gestionnaires que les employés, par exemple en les formant aux communications interculturelles », ajoute Brigitte Lavallée.

Bref, il faut revoir ses pratiques de gestion pour éviter les préjugés et s’assurer d’avoir un climat de travail respectueux des différences. Une démarche à long terme qui en vaut la peine. 

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