Vous lisez : L’épuisement professionnel : une épée de Damoclès

Les cas d’épuisement professionnel sont nombreux. Aussi, les professionnels RH et les gestionnaires doivent garder le fort, malgré la pression croissante, les départs inopinés et les tempêtes imprévues.

Surcharge de travail, climat toxique, hyperconnectivité et manque de reconnaissance : 57 % des Canadiens ont déjà vécu un épisode d’épuisement professionnel, d’après un sondage Léger mené en avril 2019 auprès de 1 444 Canadiens. Les employeurs ont conscience de ce fléau : la presque totalité d’entre eux (96 %) considère que des membres de leur équipe sont atteints du syndrome du stress au travail, communément appelé burnout, indique un sondage effectué en août 2019 auprès de 600 gestionnaires canadiens pour le compte de l’agence de dotation Accountemps.

Résultat : de plus en plus de travailleurs s’absentent. La Commission de la santé mentale du Canada estime que, chaque semaine, près de 175 000 Canadiens occupant un emploi à temps plein prennent congé en raison d’un problème de santé mentale. De plus, certains se présentent au bureau, mais ne sont pas productifs. Chaque année, ce présentéisme et cet absentéisme attribuables à des problèmes de santé mentale coûteraient des milliards de dollars en perte de productivité au Canada.

Le Conseil du patronat du Québec (CPQ), qui représente plus de 70 000 employeurs, convient que la tâche est lourde pour les entreprises ayant des employés à bout de souffle. « Quand il manque des gens sur le plancher, c’est difficile pour les autres employés. Ça demande des ressources supplémentaires », rapporte la vice-présidente – Travail et affaires juridiques du CPQ, Karolyne Gagnon.

Des milieux peinent en outre à recruter et à retenir de la main-d’œuvre puisqu’ils ont mauvaise presse en raison de leurs employés exténués par l’ampleur de leurs tâches. Karolyne Gagnon évoque les secteurs de la santé et de l’éducation, où la charge de travail « est excessive et sort du contexte habituel ».

Qui plus est, la main-d’œuvre est rare. « Il y a beaucoup de pression [sur les épaules des professionnels RH] afin qu’ils trouvent des ressources. La rareté a toujours existé, mais elle est accrue actuellement », souligne la directrice générale de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés (CRHA), Manon Poirier.

Les bonnes pratiques

L’enjeu de la rareté de la main-d’œuvre fait aussi en sorte que les organisations qui ont négligé de mettre en place de bonnes pratiques de gestion des ressources humaines pour prévenir l’épuisement professionnel n’ont plus le choix de s’atteler à la tâche, d’après Manon Poirier. Quelles bonnes pratiques? La directrice générale mentionne l’instauration d’horaires flexibles, l’ouverture au télétravail, la possibilité de faire preuve de souplesse selon les difficultés personnelles d’un employé et la décentralisation des pouvoirs.

« [Dans les bonnes pratiques], l’humain est considéré, alors il y a beaucoup de reconnaissance, renchérit-elle. On s’assure en outre de développer les compétences de l’employé et d’utiliser son plein potentiel, car des employés sous-utilisés peuvent aussi être atteints d’épuisement professionnel. »

De son côté, le Centre de toxicomanie et de santé mentale – le plus important hôpital en santé mentale au Canada – propose aux entreprises de faire la promotion de la santé mentale. Dans un manuel rendu public en janvier 2020, le Centre suggère ainsi de former les gestionnaires à ce sujet, de créer un service de soutien pour les employés effectuant un retour au travail après un congé de maladie et d’évaluer la pertinence de ces moyens afin que les entreprises s’assurent d’offrir des milieux de travail sains.

De telles mesures ont été mises en œuvre au sein de l’entreprise mondiale de service-conseil en technologie de l’information, CGI. Son programme veillant à la santé mentale de ses employés a été développé au Canada et il a été bonifié au fur et à mesure qu’il a été implanté dans tous ses bureaux d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Asie.

« En déployant nos mesures, on s’est rendu compte qu’il y avait plusieurs approches possibles en santé mentale, explique l’experte en santé organisationnelle chez CGI, Anne-Marie Lajoie. Or, il a fallu respecter les approches culturelles des différentes équipes [et ne pas imposer des mesures mur-à-mur]. L’objectif, c’est d’avoir le même niveau de service pour tous les membres de CGI. »

La société fait régulièrement le suivi de son programme en réalisant des sondages auprès de ses employés. « En Europe, où on a implanté le programme, on voit qu’il y a une diminution du temps des invalidités et, parfois, on remarque une hausse de l’engagement », dit Anne-Marie Lajoie. Cela dit, l’entreprise hésite encore à tirer des conclusions générales à la lumière de ces résultats.

Le CPQ est ouvert aux différentes recommandations pour prévenir les épuisements professionnels, mais il précise que celles-ci ne doivent pas devenir des obligations. « L’organisation du travail et la gestion des ressources humaines, c’est la prérogative de l’employeur et ça doit le demeurer, insiste Karolyne Gagnon. On ne veut pas non plus de règles qui feraient en sorte que les [employeurs] ne soient plus capables d’organiser leurs opérations selon leurs besoins. »

Karolyne Gagnon ajoute que les employeurs veulent prévenir les cas d’épuisement professionnel et offrir un bon milieu de travail à leurs employés afin que ces derniers veuillent y contribuer activement. « Après, tout, c’est la pérennité de l’entreprise qui est en jeu », dit-elle.

Sources

https://www.cpq.qc.ca/fr/organisation/auteurs/me-karolyne-gagnon/

https://quebec.huffingtonpost.ca/entry/sondage-leger-epuisement-professionnel_qc_5cd0f84ee4b0226c530b8232

https://www.camh.ca/en/driving-change/the-crisis-is-real/mental-health-statistics

http://morneaushepell.fr.mediaroom.com/2015-06-10-Les-employ-s-canadiens-sont-plus-sensibles-au-pr-sent-isme-au-travail-que-les-employeurs

https://www.mentalhealthcommission.ca/sites/default/files/2018-07/Monreau_White_Paper_Report_fr.pdf

https://www.newswire.ca/fr/news-releases/camh-lance-le-tout-premier-manuel-de-sante-mentale-en-milieu-de-travail-896980483.html

https://www.mentalhealthcommission.ca/sites/default/files/2017-01/Issue_Brief_workplace_mental_health_fr.pdf

https://www.lapresse.ca/affaires/202001/24/01-5258069-sante-mentale-repenser-le-travail.php

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