Vous lisez : Grands enjeux et tendances lourdes vus par neuf Fellows CRHA et CRIA

La fonction ressources humaines évolue constamment et de nouvelles tendances se dessinent. Voici le point de vue de neuf Fellows actifs dans différentes branches de la profession sur les grands enjeux de la profession, les perspectives qui attendent les jeunes CRHA et CRIA et les compétences nécessaires pour réussir ainsi que leur vision de l’avenir.

Évoluer et s’adapter
Les changements rapides de la société, les nouvelles technologies et les médias sociaux, le rôle stratégique de la fonction ressources humaines ainsi que les enjeux relatifs à la main-d’œuvre font partie des thèmes récurrents évoqués par les Fellows interviewés.

Sylvie Vachon, FCRHA, présidente-directrice générale de l’Administration portuaire de Montréal, a œuvré dans les secteurs tant privé que public. Elle constate que la profession doit faire face à une évolution rapide dans différentes sphères, comme la structure des entreprises, la main-d’œuvre, l’économie, etc., ce qui nécessite de la part des professionnels une bonne capacité d’adaptation. « La fonction RH doit suivre le rythme pour faire évoluer le modèle et progresser », affirme Mme Vachon. Elle ajoute qu’en période de transformation et de mutation, les professionnels doivent plus que jamais se réinventer et développer leur aptitude à accompagner la main-d’œuvre et les gestionnaires.

« Le monde du travail change sans cesse. Par ailleurs, la concurrence mondiale et le vieillissement de la main-d’œuvre exercent une pression constante sur les entreprises. Le défi est donc de taille, et les professionnels en ressources humaines doivent faire partie de la solution pour aider leur organisation à relever ces nouveaux défis », renchérit Christiane Barbe, FCRIA, présidente-directrice générale de Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Durant sa longue carrière, Mme Barbe fut notamment sous-ministre à deux reprises.

« Le professionnel en ressources humaines doit rester à l’affût et savoir lire son environnement », soutient pour sa part François Giroux, FCRHA, formateur associé à l’ENAP qui a occupé des postes de responsabilité au sein de la fonction publique québécoise pendant plus de trente ans. Il insiste aussi sur la nécessité de rester bien branché sur les nouvelles technologies, de se familiariser avec les médias sociaux et d’être conscient de l’impact qu’ils peuvent avoir sur le recrutement de la main-d’œuvre.

Michèle Perryman, FCRHA, vice-présidente principale aux ressources humaines et à l’administration d’Investissement Québec, souligne d’ailleurs que les nouvelles technologies font évoluer le modèle traditionnel de l’organisation du travail. Mme Perryman a œuvré pendant plusieurs années en consultation et a également occupé des postes de vice-présidente, ressources humaines dans de grandes entreprises. « Avec les nouvelles technologies, les employés peuvent travailler à distance, ce qui amène les entreprises à les évaluer en fonction des résultats obtenus plutôt que des heures qu’ils ont passées au bureau », note-t-elle. Elle ajoute que les professionnels en ressources humaines devront « développer des compétences managériales afin d'être de meilleurs agents de changement auprès de ces équipes en constante évolution ».

Muriel Drolet, FCRHA, consultante et présidente de Drolet Douville et associés et auteur de plusieurs ouvrages sur la gestion des ressources humaines, estime quant à elle que « pour être de bon conseil auprès du leadership, le professionnel en ressources humaines doit être capable de voir venir les choses, au lieu de constamment réagir aux événements. Il doit aussi savoir diagnostiquer les problèmes. Mais pour cela, il faut se libérer de la peur et avoir le courage de prendre les bonnes décisions et de crever les abcès », dit-elle.

La complexité et l’éclatement du monde des affaires jumelés au phénomène de mondialisation sont soulignés par Suzanne Gagnon, FCRHA. Mme Gagnon a pratiqué sa profession en entreprise pendant plus de vingt-cinq ans, et dirige désormais sa propre firme de service-conseil en plus d’être professeure associée à HEC Montréal. Elle mentionne que, pour être efficace dans cet environnement changeant et assumer pleinement sa position de conseiller et de partenaire d’affaires, le professionnel en ressources humaines doit « faire preuve de recul afin d’avoir un portrait global de la réalité. Il faut aider les gestionnaires à anticiper, poursuit-elle. Pour cela, nous devons assumer un rôle de vigie, voir venir les mouvements sociaux et les problématiques ».

« Il faut avoir une perspective globale et non pas une vision en silo », confirme Pierre Girard, FCRHA, associé chez Dunton Rainville, qui a œuvré pendant plusieurs années dans les secteurs tant public que privé. « Les professionnels en ressources humaines sont passés d’un rôle technique à un rôle de partenaire d’affaires, poursuit-il. Leur valeur ajoutée réside dans leur contribution à la bonne marche de leur organisation. Mais pour que leur travail et leur valeur ajoutée soient reconnus, ils doivent être capables de mesurer leurs actions. »

« Il faut faire des compte rendus, des tableaux de bord, rapporter et exposer les résultats en utilisant les bons outils en fonction des personnes à qui on s’adresse. Et attention, évitez de seulement mentionner les problèmes, parlez aussi des succès obtenus! », insiste Muriel Drolet.

Yves Devin, FCRIA, est président-directeur général du Groupe GCD et professeur associé à HEC Montréal. Il fut le directeur général de la Société des transports de Montréal pendant plusieurs années. Pour sa part, il déplore que la plupart des « vice-présidents, ressources humaines parlent beaucoup des enjeux RH, mais peu des défis que doit relever leur organisation. Ils devraient au contraire développer le côté stratégique de leur profession et démontrer qu’ils peuvent soutenir le plan d’affaires tout en accompagnant les gestionnaires dans le développement de l’entreprise ».

Florent Francœur, FCRHA, président-directeur général de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés, estime quant à lui que le rôle stratégique des CRHA et CRIA est – ou devrait déjà l’être – pleinement assumé par eux. « Le professionnel en ressources humaines est devenu indispensable au sein des organisations, car il crée une fenêtre d’opportunité. La fonction a pris sa place et, désormais, les gestionnaires s’attendent à ce qu’on “livre” la marchandise », affirme-t-il.

Conditions gagnantes
Comment exceller dans la profession? Les Fellows interviewés ont ciblé un certain nombre de compétences indispensables pour y parvenir. Selon Florent Francœur, le professionnel en ressources humaines s’oriente de plus en plus vers un rôle de partenaire d’affaires. « Dans ce cadre, il donne des conseils au gestionnaire pour l’aider à régler les problèmes à la source. Cela nécessite donc des compétences transversales, en plus de ses habiletés de généraliste », souligne-t-il.

M. Francœur estime que le professionnel doit aussi bâtir sa crédibilité et développer son réseau au sein de l’entreprise. « Il est nécessaire de se créer des alliés à tous les niveaux de l’organisation, ce qui permet de mieux identifier les problèmes, de trouver et de valider des solutions. » Michèle Perryman abonde dans le même sens : « Les relations informelles sont importantes, et le sont davantage au fur et à mesure que l’on progresse dans la hiérarchie. Cela permet par exemple de sensibiliser les gens à nos arguments avant de présenter un dossier. Il est important d’apprendre à former des alliances. »

François Giroux suggère pour sa part de maintenir constamment ses connaissances à jour. « Tout est prétexte à apprentissage dans une carrière, aussi bien les succès que les échecs. La mobilité est aussi une excellente façon d’apprendre parce que, ce faisant, on est confronté à des réalités différentes. » Christiane Barbe de renchérir : « Pour asseoir sa crédibilité, il est fondamental de garder ses connaissances à jour, car un vrai leader se ressource constamment. Il faut avoir une culture de formation permanente, et ce, afin de mieux influencer les décideurs de son organisation. »

« Dans les entreprises, personne ne prétend pouvoir faire le travail des professionnels de la finance. Pourtant, tout le monde pense pouvoir s’improviser gestionnaire des ressources humaines. Démontrer sa crédibilité en tant que professionnel en ressources humaines est donc incontournable. On doit constamment gagner sa place en ressources humaines », constate François Giroux.

De l’avis de Suzanne Gagnon, il faut aussi faire preuve « d’agilité dans la stratégie et l’exécution. On doit réagir vite et ne pas toujours se cantonner à l’analyse ». Mme Gagnon considère par ailleurs qu’un professionnel en ressources humaines doit savoir conserver son indépendance. « La fonction ressources humaines, c’est un peu la Suisse d’une organisation, qui doit rester neutre! C’est de cette façon que l’on peut avoir un effet miroir, qu’on conserve son authenticité, sa crédibilité et son intégrité. »

« Ce qui fait la différence entre une entreprise qui a du succès et une autre qui en a moins, c’est la mobilisation des employés. C’est pourquoi le professionnel en ressources humaines doit être un spécialiste de la mobilisation, estime de son côté Pierre Girard. Mais attention, il ne doit pas essayer de se substituer au gestionnaire pour autant, mais le conseiller; et pour y parvenir, une bonne connaissance des affaires est indispensable. C’est de cette façon que l’on peut devenir un partenaire d’affaires de choix et jouer un rôle stratégique », précise-t-il.

La capacité d’accompagnement du gestionnaire est essentielle, confirme Sylvie Vachon. « Pour cela, il faut proposer des programmes, des solutions, des outils. Aujourd’hui, la fonction RH est moins transactionnelle et davantage axée sur la stratégie. C’est pourquoi il faut comprendre l’entreprise et le milieu dans lequel on évolue pour démontrer sa valeur ajoutée et avoir une réelle contribution au succès de l’organisation. »

Rigueur, transparence et courage font partie des qualités requises dans ce métier, estime quant à elle Muriel Drolet. « En tant que professionnel en ressources humaines, on doit être courageux et faire face. Aujourd’hui, au sein des organisations, il semble pourtant que tout le monde se protège au lieu de s’entraider et de se soutenir dans une action courageuse », déplore-t-elle.

Conseils pour la relève
De l’avis des experts consultés, l’avenir est prometteur pour les jeunes qui intègrent la profession. « Le ratio de professionnels en ressources humaines par rapport au nombre d’employés a diminué et continuera de le faire. C’est une profession à valeur ajoutée et les perspectives s’améliorent constamment », assure Florent Francœur.

Les Fellows ont aussi quelques conseils à donner, fruits de leurs observations et de leur longue expérience du terrain. Pierre Girard soutient que « même si l’on n’est pas d’accord, il faut écouter les différents points de vue et trouver des éléments de convergence entre eux. On doit faire preuve de rigueur, incarner les valeurs de respect et avoir la capacité de rallier les gens derrière nous. Dans ce sens, avoir une vision stratégique et un regard politique sur l’organisation est indispensable ».

« Les jeunes auront beaucoup d’opportunités s’ils apprennent à comprendre le monde des affaires, assure pour sa part Suzanne Gagnon. Par ailleurs, même s’il faut accepter de commencer sa carrière quelque part – peut-être dans un domaine qui nous intéresse moins –, on ne devrait pas demeurer trop longtemps au sein d’un seul volet de la fonction, mais varier les expériences afin d’élargir son champ d’expertise », soutient-elle.

« Quand on sort de l’université, on possède la théorie, mais rien de ce qui concerne l’informel et le volet politique de la profession, fait observer Christiane Barbe. Un coach ou un mentor peuvent aider à progresser plus rapidement. » Yves Devin abonde dans le même sens : « Collez-vous sur la business. Trouvez un vice-président qui vous prendra sous son aile et apprenez à devenir un véritable partenaire d’affaires! », recommande-t-il.

Emmanuelle Gril, journaliste indépendante

Source : Effectif, volume 18, numéro 1, janvier/février/mars 2015.

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